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A l’abri du déclin du monde, le premier roman de François Cusset sur une génération lost and found

01 août 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’historien des idées et auteur de « French Theory » (La Découverte, 2003) et « Contre-Discours de Mai » (Actes Sud, 2008) publie en cette rentrée 2012 un premier roman à la fois poétique, nostalgique et surprenant. « A l’abri du déclin du monde » saisit les états d’âme et d’engagement de quatre amis révoltés, engagés et puis, une fois posés, naturellement désillusionnés. Sortie en librairies le 22 août 2012.

« Tous à la Madeleine! », le premier roman de François Cusset commence par un mot d’ordre et une centaine de pages de descriptions d’une foule en manifestation. Les mots déferlent, à la fois précis et puissants et malgré la contemporaine de la scène, il y a une énergie très dix-neuvième siècle dans ce grand tableau du peuple qui n’est pas sans rappeler -tant par le style que par le sujet- certains textes de Jules Michelet. La deuxième partie réalise un zoom sur quatre personnes ayant participé à cette manifestation. Sur le mode du monologue intérieur (qui nous fait faire un voyage stylistique vers les années 1960), ces quatre amis exposent leur profession, leur position sociale, leur vie amoureuse et familiale et surtout leurs paradoxes. Dans une troisième partie, une réunion confronte ces quatre amis de jeunesse dans une nuit qui dissipe les faux-semblants.

Structuré de manière brillante et ménageant ses effets de surprises, « A l’abri du déclin du monde » esquisse quatre visions intimes et tourmentées d’illusions perdues. Aussi juste dans la description des personnages féminins que masculins, François Cusset témoigne dans ce texte au sujet extrêmement contemporain d’un souci qui surprend par son classicisme : multiplier les mots pour rendre exactement compte de chaque nuance, humeur ou scène de vie. Un premier roman original par plusieurs aspects, aux personnages à la fois pudiques et touchants et au style inspiré.

François Cusset, « A l’abri du déclin du monde », POL, 345 p., 19 euros. Sortie le 22 août 2012.

« Je fonctionne comme un tamis incontrôlable pour perceptions recyclables. Je suis tout entier, mon corps souffreteux, mon esprit plutôt vivace, rongé par les impulsions du dehors, qui me sont autant de données envahissantes, trop extérieures, trop constantes, trop nombreuses pour que j’arrive à faire autre chose que de prendre des notes éparses et de les compulser ensuite nerveusement, sans qu’un projet viable en découle jamais. » p. 123.

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Les Librairies anglo-saxonnes à Paris
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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