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A l’aube de la révolution sexuelle, sur la plage de Chesil en Angleterre, de Ian McEwan

08 janvier 2009 | PAR marie

sur la plage du chesilFlorence et Edward viennent de se marier. Ils se retrouvent tous deux au premier soir de leur lune de miel face à face, croyant bien se connaître. Ils ont à peine plus de 20 ans. Un roman psychologique qui s’avale plutôt qu’il ne se lit.

 

Un hôtel au bord de la plage. Dans le restaurant, Florence Ponting et Edward Mayhew, deux jeunes mariés. Elle est violonniste, sérieuse jeune fille issu d’une famille aristocrate, élevée par une mère intello bien peu affectueuse et un père pratique chef d’entreprise. Une « jeune fille bien » en somme au bandeau noir bien ajusté, consciencieuse et spirituelle, c’est pour cela qu’Edward l’aime. Lui, d’un milieu bien plus modeste est, par passion,  arrivé jusqu’à l’Université quand ces camarades de classes sont tous à travailler. Son sentiment d’illégitimité s’accentue malgré lui lorsqu’il la voit vénérer Beethoven et Shubert, quant lui est plutôt « rock« .
Les deux jeunes gens se sont rencontrés par hasard à Oxford ; Edward a séduit Florence par son charme, son humour, sa patience. Pendant un an, il l’a approchée peu à peu, spirituellement d’abord, puis par les baisers, les caresses : les mains, les bras, les seins, chaque avancée trop rapide, chaque empressement, effaçant pendant plusieurs semaines tous l’acquis de ses minutieuses approches… Mais ce soir, Florence le sait bien, elle va devoir faire l’amour avec lui, c’est inscrit dans son guide de la jeune fiancé…. Alors pour dompter cette idée effrayante elle se remémore leurs dernières vacances, leurs chastes promenades, le pourquoi de son attachement à Edward.

 

Ian McEwan a situé l’action de son roman en 1962, soit deux ans après les vaines tentatives du gouvernement britannique de poursuivre Penguin Books pour l’édition de L’Amant de Lady Chatterley (le roman de D. H Lawrence était interdit de publication depuis les années 20). La révolution sexuelle pointe. Mais si les lectures commencent à évoluer, plâne encore une rigueur morale postvictorienne, celle dont tentent en vain de se dépêtrer Florence et Edward.
De cette transition comme du choc des milieux sociaux surgit un malaise, de ceux que Ian McEwan (lauréat du Booker Price en 1998) sait dépeindre avec finesse. Usant du style indirect libre, il passe tour à tour des pensées de Florence à celles d’Eward. Intérieurement, comme dans une psychanalyse, les deux personnages remontent peu à peu les strates du passé pour comprendre leurs blocages et leurs attachements tandis que le lecteur avale les pages…
« Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible. Mais ce n’est jamais facile. Ils venaient de s’installer pour dîner dans un minuscule salon au premier étage d’une auberge de style géorgien. Dans la pièce voisine, visible par la porte ouverte, se trouvait un lit à baldaquin étroit, dont la courtepointe d’un blanc pur s’étendait, incroyablement lisse, comme si aucune main humaine ne l’avait touchée. »

 

 
Ian McEwan, Sur la plage de Chesil, Gallimard, 158 pages, septembre 2008.
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marie

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