Livres

Stéphanie Hochet, Combat de l’amour et de la faim

07 janvier 2009 | PAR Yaël Hirsch

hochetLe dernier roman de l’auteure des « Infernales » et de « Je ne connais pas ma force » suit la vie tumultueuse d’un jeune homme du Sud des Etats-Unis au début du XX e siècle. Un personnage fort pour un livre profond qui sort aujourd’hui chez Fayard.

Marie Shortfellow naît au début du XXe siècle, quelque part en Lousiane, de père inconnu. Sa mère, la jolie Lula, cherche avant tout la respectabilité. Son seul avantage en temps de ségrégation est d’être blanche. Les hôtels miteux succèdent aux meublés et les hommes passent sans jamais vraiment s’arrêter. Lula déménage avec son fils à chaque fois que trois amants différents ont déçu ses espoirs de mariage. Finalement, un pasteur dur, veuf et père de deux enfants, l’épouse. Lula perd toute spontanéité et devient froide, incapable de défendre son fils contre les provocations du fils de son époux. Lorsque la fille du pasteur, Heather, tombe enceinte, il est accusé injustement d’avoir « engrossé » l’adolescente. Encore très jeune, il est mis dehors, et passe des semaines à vivre comme un sauvage et marcher dans le Sud des Etats-Unis, avec pour seule motivation : combattre la faim. Sa faim d’amour, il l’apaise auprès de trois femmes aux noms de mois qu’il trahit systématiquement : son impérieuse épouse : May, son alter-ego rencontré autour de tables de jeu : April, et une passionaria des droits de l’homme : June. Finalement, il est dénoncé et se retrouve en prison. Laquelle des femmes de sa vie l’a-t-elle trahi ?

Sombre, dur et profond, le roman de Stéphanie Hochet aurait aussi pu s’appeler « No country for a lonely man »- moins l’humour. Intelligent, le fils n’est pas un personnage sympathique, mais il est assez pénible de le voir s’enfoncer dans le mensonge et la trahison. C’est du côté de l’instinct, de cette faim sans fond d’amour et de nourriture que se fait l’identification à cet anti-héros d’un autre temps. Dans « Combat de l’amour et de la faim », il apparaît combien la lâcheté ou la fuite peuvent être des questions de survie. L’argent, c’est la « braise », le désir, une force organique qui possède jusqu’à mettre la vie de ce fils en danger, il rompt alors les attaches, et vole, pour ne pas disparaître. Dès lors, il n’y a ni véritable amour, ni de nourriture rassasiante, qui préviendrait la peur du manque et le vol. Ce fils est né coupable, dans une société qui n’accepte que les fruits du mariage, et c’est cette culpabilité a priori qui lui tient lieu de trame psychologique et de destinée sociale. Les mots de Stéphanie Hochet accompagnent cette destinée brutale avec une grande force d’évocation et parviennent à rendre cette histoire d’un autre temps entièrement contemporaine.

Stéphanie Hochet,
« Combat de l’amour et de la faim », Fayard, 16 euros.

« Je salivais d’autant que la faim me tourmentait. Un creux bougeait d’un endroit à l’autre de mon ventre, fabriquait de l’eau. J’avalais cette création de mon corps. Mon âme flottait encore dans un coin de l’appartement quand ma mère rentrait avec un sac de farine, du pain, parfois des œufs. Nous avions déjà déménagé une dizaine de fois ; mon esprit avait été stimulé par les déplacements et les rencontres. Je commençais à m’habituer » p. 19

Yaël Hirsch

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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