Cinema
Was bleibt, un drame familial magnifiquement interprété par Lars Eidinger et Corinna Harfouch

Was bleibt, un drame familial magnifiquement interprété par Lars Eidinger et Corinna Harfouch

17 octobre 2012 | PAR Christophe Candoni

Clap de fin sur le Festival du film allemand au cinéma l’Arlequin à Paris. Hier soir le Prix du public a été décerné à « Oh Boy ! » (voir notre critique) juste avant la projection de « Was bleibt » de Hans-Christian Schmid, découvert et apprécié lors de la dernière Berlinale (voir ICI). Le film raconte l’histoire douloureuse et complexe d’une famille désunie où chacun des membres arrivé à un moment de sa vie comme face à une embuche doit prendre une décision pour bifurquer et assumer de ne plus faire semblant. Sous le titre « Un week-end en famille », ce très beau film, produit par Jour2Fête, sortira dans les salles françaises au printemps prochain.

Les parents, sexagénaires libéraux, s’apprêtent à vivre une retraite aisée et tranquille. Leur premier fils, Marko, a fui la province de Bonn pour faire sa vie à Berlin où il est écrivain. Le plus jeune frère n’a pas franchi ce pas et reste davantage attaché à la famille, par nécessité puisqu’il est dentiste, et monte son cabinet grâce à une aide financière paternelle conséquente. Ils jouissent tous d’un confort matériel et intellectuel non négligeable. Pourtant, même armés pour la vie, celle-ci se présente à eux boiteuse, chancelante. Car Gitte, la maman, une petite femme d’intérieur irréprochable qui passe son temps à faire la cuisine est instable, bipolaire, frustrée ; elle déprime depuis trente ans et est trompée par son mari, Marko mène une vie sentimentale chaotique et cache à ses parents sa rupture récente avec la mère de son petit garçon, tandis que Jakob, vit à l’inverse avec le soutien et la sollicitude de sa petite copine mais ne décolle pas professionnellement et a de gros problèmes d’argent.

Quand ils sont conviés sans faute ni explication à se retrouver pour un week-end ensoleillé dans le pavillon familial, rien n’est dit ni ne se dit. En jouant au foot dans le grand jardin, en chantant autour du piano dans le beau salon, en se baladant dans la campagne, tous affichent les sourires et la complicité des grands évènements, jouent la comédie d’un semblant de bonheur, par égoïsme, par facilité, par faiblesse, par prévenance aussi à l’égard des uns et des autres, comme pour se protéger mais finalement, même s’ils le croient, ils ne trompent personne. Ils ne sont pas condamnables ni condamnés, Hans-Christian Schmid porte même sur ses personnages un regard tendre et leur donne une chance de se rattraper quand la situation de départ bascule, que Gitte décide d’arrêter définitivement de prendre son traitement médical et de fuir la maison, disparaître, s’effacer parce qu’elle ne supporte pas d’avoir été abandonnée. La fin en suspens et sans optimisme béat ne résout rien mais propose une tentative d’harmonie. C’est toute la force du film jamais moralisateur, juste sensible et précis.

Filmés caméra à l’épaule, au plus prêt des acteurs – ils sont tous excellents (magnifique Corinna Harfouch, Lars Eidinger, l’acteur vedette de la Schaubühne trouve là un rôle poignant, Sebastian Zimmler, Ernst Stötzner, Picco von Groote) – la constellation familiale fragilisée est amenée désormais à révéler ses vérités. Alors se dévoilent sans trop de heurts les fêlures, les échecs, les doutes, les ratés de la vie, les difficultés de s’engager, de conjuguer les attentes communes et les aspirations individuelles. Les situations et les dialogues sont d’une merveilleuse justesse. Pas voyeur, pas tapageur, le film est délicat, fort et émouvant car s’il est révélateur de l’état d’esprit tiraillé d’une génération de l’ex-Allemagne de l’Ouest (son réalisateur dit même que le film n’aurait pu se dérouler ailleurs), il est bien d’aujourd’hui, il ressemble et parle à tous.

 

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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