Cinema
Wadjda, de Haifaa Al-Mansour, quand une petite fille et un vélo révolutionnent le cinéma saoudien

Wadjda, de Haifaa Al-Mansour, quand une petite fille et un vélo révolutionnent le cinéma saoudien

04 février 2013 | PAR Yaël Hirsch

Wadjda, c’est le nom de l’héroïne du premier long métrage de la première femme cinéaste d’un pays où les cinémas sont interdits : l’Arabie saoudite. Et le film a été tourné dans la capitale même du pays, Riyad. Et Wadjda, c’est une héroïne de douze ans, élevée dans une école de fille très stricte, arrivée à l’âge de voiler son visage dans la rue, mais qui va néanmoins tout mettre en oeuvre pour faire du vélo comme les garçons de son âge. Fable puissante, condensé d’émotions sans jugement hâtif, Wadjda est également filmé avec une maîtrise et une dextérité époustouflantes. Un très grand film et l’un des coups de coeur de ce début d’année. Sortie le 6 février 2013.

Enfant unique de 12 ans, Wadjda (Waad Mohammed) vit avec sa mère (Reem Abdullah) dans la banlieue de Riyad, alors que le père travaille loin et se fait très absent. Le matin, puisque les femmes ne conduisent pas et qu’elle ne roule pas sur l’or la mère est obligée de prendre une voiture collective avec plusieurs femmes pour aller enseigner. Pendant ce temps, sa fille enfile une abaya et un foulard sur sa tenue d’ado jeans-basket-walkman et se rend en sautillant dans son école de filles ultra-stricte. Mais voir que son meilleur ami Abadllah (Abdullrahman Al Gohani) va plus vite qu’elle sur son vélo donne envie à la jeune-fille d’en avoir un pour elle. Or, en Arabie Saoudite, les filles ne font pas de vélo, elle risqueraient de perdre leur virginité. La mère de Wadjda ne peut donc lui offrir ce cadeau. Qu’à ce la ne tienne, tout en s’entraînant en secret avec son meilleur ami à faire du vélo, la petite fille décide de gagner elle-même l’argent nécessaire à s ‘offrir ce vélo. Et le seul moyen qu’elle trouve est de participer au concours de récitation coranique de son école…

Présenté en avant-première à la Mostra de Venise cet été, le film y a remporté le prix de la Critique internationale. Mais Wajda touche également juste en son propre fief, puisqu’il a reçu le Muhr du meilleur long métrage arabe au Festival du film de Dubaï. Toute la force du propos de Haifaa Al-Mansour est de critiquer le système dans lequel elle vit de l’intérieur : à voir le coeur et l’amour avec lesquels l’impétueuse et têtue Wadjda récite le Coran, aidée avec fierté par sa maman, où à suivre l’aide apportée par le personnage de l’ami, Abdallah, on sent bien que ce sont les codes sociaux et non le Coran ou les hommes en général que la réalisatrice met en cause. décidée à « donner à ce débat intellectuel un visage humain », la réalisatrice formée à l’Université Américaine du Caire et à celle de Sydney y parvient, grâce à la qualité des images et des cadrages et surtout au talent de son actrice principale, Waad Mohammed, qui enjoint tout spectateur à s’identifier avec une petite fille intelligente, indépendante et sûre de la voie que sa conscience lui enjoint de suivre. Ce film plein d’amour, entre les personnage, mais aussi pour la société qu’il décrit, met en scène , critique,   et donne à voir une autre Arabie Saoudite, sans mensonges, mais sans ces jugements tranchés et attendus qui tranchent implacablement tous les liens. Une Invitation au voyage réfléchie, Wadjda est un petit bijou d’humanité, d’imagination et de curiosité.

« Wadjda », de Haifaa Al-Mansour, avec Waad Mohammed, Reem Abdullah, Abdullrahman Al Gohani, Ahd, Sultan Al Assaf, Arabie saoudite, 2012, 1h37. Sortie le 6 février 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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