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Time Out: Science-fiction critique et pamphlétaire pour Andrew Niccol et Justin Timberlake

Time Out: Science-fiction critique et pamphlétaire pour Andrew Niccol et Justin Timberlake

12 novembre 2011 | PAR Gilles Herail

Après l’excellent et sous estimé Lord of War, Andrew Niccol revient à son genre de prédilection: la science-fiction d’auteur, radicale et pamhplétaire. Le réalisateur néo zélandais confirme l’acuité de son regard et la richesse de son univers dans un film un peu inégal qui soulève cependant des questions passionnantes grâce à un postulat génial.

Bienvenue dans un monde où le temps a remplacé l’argent. Génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut « gagner » du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d’années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d’échapper à la mort. Un homme, accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui deviendra son alliée. Plus que jamais, chaque minute compte.

La qualité d’une oeuvre de science-fiction dépend souvent de l’inventivité de sa question de départ: « et si…. ». L’idée de scénario d’In Time est à ce titre incroyablement maligne. Les cyniques y verront un moyen de justifier l’absence à l’écran de personnes de plus de 25 ans et de mettre en scène et jeunes et beaux acteurs. Il est surtout question d’installer en seulement quelques scènes un futur proche sans effets spéciaux à gogo mais incroyablement crédible où le temps n’est plus un acquis mais une valeur. Cinématographiquement, cela se traduit par un rythme nécessaire dans le montage mais surtout une accumulation permanente d’intensité dramatique (In time rejoint en ce sens l’idée à la fois stupide et brillante d’Hyper tension où Jason Statham devait faire le plus de conneries à la minute pour éviter de voir son adrénalyne baisser et son coeur s’arrêter).

Au delà du tour de passe-passe scénaristique qui met une épée de Damocles permanente sur les personnages et facilite l’implication du spectateur, In time est bien entendu un manifeste politique à la Bienvenue à Gattaca et District 9. Il faut rappeler que cette idée d’un marché du temps existe déjà indirectement dans nos sociétés contemporaines: sept ans de différence d’espérance de vie entre un cadre et un ouvrier (pour les hommes): http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip1025.pdf. La description d’une société à étages est matérialisée par des zones qui séparent les différents groupes sociaux, selon leur rapport au temps. La révolte du héros incarné avec conviction par Justin Timberlake est lié à une réalité plus noire: la gestion du stock de travailleurs par le contrôle de l’inflation et donc de la chèreté du temps. Niccol pousse donc à l’extrême l’idée d’une société ghettoisé et hermétique entre les possédants et les exploités, qui sont décrits de manière extrêmement caricaturale. Le réalisateur ne fait pas forcément dans la finesse mais veut forcer le spectateur à observer ses propres contradictions à travers le personnage d’Amanda Seyfried qui incarne la fille de riche rebelle découvrant la course contre la montre permanent du ghetto.

Niccol sait créer à merveille cet univers futuriste qui nous ressemble fortement mais emprunte à l’architecture des villes du sud, aux visions modernistes un peu démodées (les voitures, les ordinateurs) et à des détails minutieux qui nous embarquent sans grands effets de manche. On regrettera simplement le doute qu’il laisse planer quand à la philosophie réelle de son film. La métaphore politique et sociale est incontestable et colle à la dureté de certaines scènes dans le ghetto, nappées d’un  pessimisme bien sombre sur la reproduction naturelle du système inégalitaire. Mais In time se laisse aussi aller au divertissement plus fun et à la décontraction quand ses deux héros se la jouent Robin des Bois et Bonnie and Clyde. On arrive alors vers une deuxième morale, un brin plus guillerette. Finalement, les exclus auraient bien de la chance car il faut avoir peu de temps à vivre pour bien savoir en profiter. L’énième variation sur le mode du Carpe Diem sur lequel se greffe l’histoire d’amour bourge/prolo est sympathique mais bien moins acide que le reste du long.  In time reste malgré tout un film à voir, pour ses brillantes idées de scénario et de mise en scène, l’intelligence de son discours et la réconciliation entre la science-fiction d’auteur et le spectacle grand public. La version rallongée éventuelle du director’s cut permettra peut être d’oublier les quelques facilités hollywoodiennes du film.

Gilles Hérail

Time out, un film de science-fiction d’Andrew Niccol avec Justin Timberlake et Olivia Wilde, 1h41, sortie le 30 novembre

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