Cinema
Theâtre à emporter – un projet de Jeanne Balibar au festival Côté Court

Theâtre à emporter – un projet de Jeanne Balibar au festival Côté Court

23 juin 2011 | PAR Smaranda Olcese

La fête continue de plus belle au ciné 104 à Pantin. Jeanne Balibar et Yves-Noël Genod investissent la salle 1 avec une performance imprévisible. Ils y installent une atmosphère d’agitation joyeuse, loufoque. L’heure est à la présentation d’un projet cinématographique fragile et exigeant, comme tous ceux que le festival Côté Court aime soutenir.

Le public est accueilli dans une salle dont les positions clés sont occupées : Jeanne Balibar et Pierre Léon guettent derrière l’écran, deux paires de jambes, présence bavarde à moitié dissimulée par la toile. Yves-Noël Genod supervise la séance depuis la cabine de projection, Thomas Scimeca, membre du collectif Les Chiens de Navarre, s’évertue à imiter un one-man show, arpente la salle et sème le trouble dans les gradins, où sont dissimulés, parmi les spectateurs, d’autres participants au projet que nous allons reconnaître en quelques instants sur l’écran: Emmanuelle Béart, Edith Scob – aucune présentation n’est plus nécessaire –  ou encore Marlène Saldana, co-fondatrice des United Patriotic Squadrons of Blessed Diana, qui sévissaient à la fin mai sur le plateau du Théâtre de Gennevilliers, lors du festival (tjcc) organisé par Laurent Goumarre.

Les réalisateurs eux-mêmes semblent excédés, se dérobent dans le brouillard qui gagne la salle avant de se fondre dans l’obscurité : le film peut commencer. Electre, par exemple, copie de travail, pose les prémices d’une collection que Jeanne Balibar a imaginée sur le modèle des Concerts à emporter et en constitue le journal filmé. Théâtre à emporter est parti du désir de donner à entendre et à voir des pièces du répertoire dramaturgique classique et contemporain, d’une manière différente, intempestive et urgente. Mathieu Amalric, Apichatpong Weerasethakul, Philippe Grandrieux, parmi d’autres réalisateurs, sont pressentis pour la mise en images de telles lectures. Le théâtre et le cinéma sont ainsi voués à se rencontrer au quotidien, se prendre d’assaut dans une action hautement poétique.  Jeanne Balibar et Pierre Léon ont imaginé leur Electre, par exemple sur les plages désertes de Deauville, quasi-oniriques dans la lumière rare de l’aube. Un frisson d’Yves Noël Genod vient nous rappeler la nuit blanche en attente du tournage, ainsi que la contenance, la matérialité des corps transportés par la scansion du texte antique. Du fait de la lecture, une concentration toute particulière met son emprise sur les visages, y inscrit une intensité qui fait signe vers une urgence expiatoire. Des jeux de champ / contre-champ introduisent des respirations, comme des ressacs, laissent s’immiscer  la vie et ses rythmes anodins. Dans le métro parisien Edith Scob est presque engloutie dans le flux des passagers. Sa voix fragile et déterminée porte le texte, crée une faille dans le réel.

La force poétique de ces moments nous vient par à coups, intermèdes précieux dans une trame plus légère, enjouée, parfois chantonnée, teintée d’un humour stoïque. Jeanne Balibar et Pierre Léon mettent en scène avec une acuité et une lucidité cinglantes les écueils du système de production des œuvres audiovisuelles pour Internet, car ce projet de collection a pour vocation d’être accessible au plus grand nombre, notamment via une diffusion en ligne. Marlène Saldana est phénoménale en producteur protéiforme qui véhicule de manière décomplexée le jargon du métier, que nous devinons soigneusement, péniblement documenté lors de rendez-vous qui ont dû avoir lieu avec des décideurs de France Télévisions, Arte et autres acteurs du domaine. La dernière rencontre finit en queue de poisson, sous le regard mystérieux, toujours dissimulé par des lunettes noires, de Marie-Thérèse Allier, qui depuis plus de 20 ans ne fait pas un secret de son engagement dans des projets des plus exigeants, la Ménagerie de Verre étant reconnue comme haut lieu d’effervescence artistique où Yves-Noël Genod, les Chiens de Navarre et tant de jeunes créateurs indisciplinés ont trouvé résidence. Histoire à suivre.

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Jeanne Balibar et Marlène Saldana se sont rencontrées sur scène sous la direction de Yves-Noël Genod dans le cadre du festival Etrange Cargo en 2010. Elles vont à nouveau partager la scène à Avignon, le 18 juillet, dans le cadre de la programmation Une école d’art, projet du Musée de la danse/Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne, et du Festival d’Avignon.

Ouverte toute la journée, l’École d’Art accueillera des installations vidéo et photographiques, des ateliers ouverts avec Tim Etchells ou Jérôme Bel, mais aussi des visites guidées des ateliers de conservation / restauration de l’École supérieure d’Art d’Avignon, ainsi que des discussions avec le public. Et la nuit, à l’heure de la vingt-cinquième heure, des « batailles »,  des confrontations improvisées entre deux ou trois artistes se dérouleront.

 

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Smaranda Olcese

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