Cinema

The messenger d’Oren Moverman

03 février 2010 | PAR Coline Crance

The messenger est le premier film d’Oren Moverman qui s’était déjà  fait connaître en coécrivant avec Todd Haynes le scénario de I’m not There (2007).  The messenger qui sortira sur les écrans français porchainement,  a d’ores et déjà été salué  par la critique en récevant l’ours d’argent pour le meilleur scénario à la Berlinale 2009 et en remportant le Grand Prix au festival Cinéma américain de Deauville.

The messenger : 1h47 , avec Ben Foster , Samantha Morton, Woody Harrelson

Doit-on toujours filmer la guerre au front pour mieux la dénoncer ? Oren Moverman pour son premier film semble aller à l’encontre de cette idée. Il choisit de filmer non pas le front , mais l’arrière , les familles de soldats, les soldats rentrés d’Irak. Point de vue original et oh combien intéressant puisqu’il permet au cinéaste d’offrir un véritable tableau de cette société américaine entrée dans une guerre qui a pourtant été extrêmement médiatisée lors de son commencement et qui depuis paraît avoir subi les frasques médiatiques notamment en raison de sa longueur, de son embourbement. Ce grand élan patriotique destiné à « écarter le monde d’une menace du terrorisme » s’est retrouvé en peu de temps décrié et montré du doigt et a été un grand désenchantement pour la population américaine. Le désarroi dans lequel se trouve les différentes familles victimes de la perte d’un proche, a souvent été mis à l’écart par les médias à la fois nationaux et mondiaux et peu pris en charge. Par le biais de son héros, un jeune soldat américain de retour de l’Irak, mis au vert en raison d’une action héroïque et affecté à une autre mission « annoncer aux familles de la part de l’état américain la perte d’un fils ou d’un mari », Oren Moverman plonge le spectateur dans la dure réalité de la guerre et de la souffrance de ces familles qui comme il le fait dire à l’un de ses protagonistes « ont fêté le départ de leur fils dans un grand élan de patriotisme mais n’ont pas pensé qu’il pouvait mourir , mais c’est la guerre, merde !» Avec une très grande sensibilité, en suivant le parcours de ce jeune soldat, traumatisé par la guerre, et son amitié avec le lieutenant qu’il aide lors de ses « missions de morts », Oren Moverman met en exergue toutes les difficultés auxquelles se confronte ce jeune soldat lors de sa réinsertion dans la société civile après un telle expérience. Le caractère déstabilisant et traumatisant de la guerre, l’est d’autant plus ici qu’elle est lointaine et mal comprise au sein de la société. Elle ne devient réelle que quand la mort frappe à la porte…

the-messenger-2

Ainsi, Oren Moverman en filmant « l’arrière du front » va au-delà d’une simple dénonciation de la guerre. Dans ce film plus que la guerre c’est avant tout l’armée et le gouvernement américain qui sont visés et surtout leur incapacité à gérer les retombées sociales de cette guerre et ses bavures. Cette froideur et cette incompétence sont mises en évidence par ce duo d’antagonistes , le sergent Montgoméry et le lieutenant Stone. Coéquipiers malgré eux , ils vont devoir pourtant se soutenir et conduire leur mission jusqu’à l’absurde, jusqu’à leur propre déshumanisation pour que l’humain à travers les haines, les traumatismes qui les bouleversent, se révèlent enfin et transcendent l’ordre étatique, militaire et les libère de cette société qui ne veut pas les comprendre, de cette armée qui les conditionnent. Oren Moverman livre là un film fort, engagé avec une critique virulente de la société occidentale.

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Coline Crance

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