Cinema

Tabu, mélancolie du crocodile et manque de simplicité

Tabu, mélancolie du crocodile et manque de simplicité

16 février 2012 | PAR Olivia Leboyer

Une vraie démarche artistique chez le réalisateur portugais Miguel Gomes : entrelacs entre fiction et réalité, approche de la mort, solitudes, passé colonial, fables et saudade. Il y a indéniablement quelque chose, mais plus de simplicité n’aurait pas nui.

Très jolie ouverture pour Tabu : une mise en abîme, un film dans le film sur la mélancolie des crocodiles. Mélancolie qui donne le ton de la première partie, « Paradis perdu », où l’on suit les solitudes voisines de Pilar (Teresa Madruga, connue pour avoir joué chez le grand Alain Tanner !), une femme entre deux âges dévouée envers les autres et de Aurora (laura Soveral, magnifique, vue notamment chez Manoel de Oliveira), une vieille dame indigne et excentrique, sur le point de basculer dans la folie-déraison. La scène où Aurora justifie en un très long monologue son addiction au casino, est vraiment très belle : c’est un rêve, fou et implcablement illogique, qui l’y a poussée. Oui, elle le sait, c’est absurde d’avoir cédé à la tentation. Mais, si elle n’y était pas allée, elle l’aurait évidemment regretté ! Cette scène, à elle seule, mérite que l’on voie ce film, par ailleurs un peu long et qui pèche par excès de symbolisme. Si l’intrigue se noue à Lisbonne, le passé colonial va resurgir, plongeant les personnages dans un étrange périple.
Les choix formels : le noir et blanc, une seconde partie muette, inspirée de Murnau, rendent l’ensemble trop léché, trop apprêté. Dommage, car on sent vraiment quelque chose, une sensibilité et un vrai goût pour la confusion, si portugaise, entre la fiction et la réalité. Mais Miguel Gomes n’a pas la légèreté incroyablement jeune et sidérante de Raul Ruiz… Ici, les mystères de Lisbonne demeurent un peu trop figés pour nous toucher directement.

Tabu, de Miguel Gomes, Portugal, 111 minutes, avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Henrique Espirito Santo. En compétition.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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