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Sortie ciné : Mains brunes sur la ville. Quand l’extrême droite est au pouvoir

Sortie ciné : Mains brunes sur la ville. Quand l’extrême droite est au pouvoir

19 mars 2012 | PAR Elodie Rustant

Le cinéaste Bernard Richard et le journaliste Jean-Baptiste Malet signent un documentaire pointu sur les deux villes françaises gérées par des mairies d’extrême droite : Orange et Bollène. Sombre portrait…

Pourquoi des citoyens français de petites villes paisibles accordent-ils toute leur confiance à l’extrême droite qui est systématiquement réélue depuis 1995 pour Orange, et 2008 pour Bollène ? Comment se caractérise la vie quotidienne dans une ville dirigée par l’extrême droite ? Quelle politique y mène-t-elle ?

L’enquête menée par B. Richard et J.-B. Malet nourrit une véritable réflexion sur l’habile tactique de séduction menée par l’extrême droite envers ses concitoyens. Jacques Bompard, ancien membre du Front national, aujourd’hui président de la Ligue du Sud, est élu en 1995 à la tête de la mairie d’Orange. Il y est réélu en 2001 au premier tour avec plus de 60 % des voix. Sa femme, Marie-Claude Bompard, remporte quant à elle la municipalité de Bollène en 2008.

Après son accession à la municipalité, l’extrême droite organise méthodiquement sa stratégie politique en commençant par faire taire les voix discordantes à son idéologie.

Le ménage est fait dans la bibliothèque municipale où l’on supprime les ouvrages gênants pour les remplacer par des ouvrages colonialistes, voire pétainiste. Les quelques centres sociaux existant sont fermés, on supprime les subventions accordées aux associations. Plus édifiante encore, est la véritable politique d’exclusion menée à Bollène envers les populations issues de l’immigration vivant principalement en périphérie de la ville. Les transports reliant les périphéries du centre-ville sont diminués, en rendant l’accès difficile. Les cités, pour la plupart quasi insalubres, sont laissées à l’abandon sans qu’aucune politique de travaux de rénovation y soit menée.

Tous les efforts budgétaires en matière sociétale sont concentrés autour des seniors de la ville. Il suffit de se rendre sur le site Internet de la ville de Bollène pour constater qu’en matière d’organisation de thés dansants, la municipalité est championne. Ni la jeunesse, ni la culture ne constituent une priorité.

Au regard du documentaire, le paradoxe constitue l’élément caractérisant le discours des responsables politiques de ces villes. Paradoxe d’abord dans le rapport à la presse : Mme Bompard se plaint publiquement du mauvais traitement réservé à son parti dans la presse en refusant de répondre aux questions, pour ensuite, lors d’un meeting, regretter que ses événements ne bénéficient jamais de la couverture médiatique qu’ils méritent. Paradoxe face à la laïcité : on revendique la laïcité pour bloquer les subventions apportées à la construction d’une mosquée mais on parcourt plusieurs kilomètres le dimanche pour se rendre à la messe célébrée en latin dans un couvent ultra conservateur. Mme Bompard s’était également attiré les foudres du Parti socialiste en juin 2011 pour avoir officiellement renouvelé la consécration de Bollène au Sacré-Cœur de Jésus :

« Je tiens à mettre ma ville sous la protection du Cœur Sacré de Jésus parce que la charge lourde qui est celle de maire nous met devant des situations difficiles, nous avons à prendre des décisions importantes pour lesquelles il faut faire preuve de responsabilité. Il est bon de se référer à un certain nombre de lois sereinement, pour l’intérêt de tous, en se fondant sur le décalogue. » Déroutant…

On regrette toutefois que la parole ne soit pas d’avantage offerte aux électeurs d’extrême droite de ces villes.

« Avec la présence de la police sur le marché, c’est sûr, je me sens en sécurité. » Ces mots, prononcés par un jeune trentenaire sur la place ensoleillée du petit marché provençal, sont assez déconcertants. En sécurité… mais de quoi exactement ? Bollène et ses chants de criquets n’ont a priori pas des allures de Ciudad Juárez livré au crime organisé… Et si c’était cela la véritable force de l’extrême droite, interroge indirectement le film. Laisser sans cesse planer l’ombre effrayante du dangereux envahisseur sans foi ni loi. Il suffit de jeter un œil sur la presse locale pour en être convaincu. Un étalage de titres franchement racoleurs sur de soi-disant délinquants semant la terreur sur leur passage.

Un des tours de force réalisé par la mairie, raconte une ancienne élue, fut d’avoir mobilisé la ville entière pour protester contre le projet de construction d’une école coranique, projet en fait inexistant…

Sortie en salles le 21 mars 2012.

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Elodie Rustant

2 thoughts on “Sortie ciné : Mains brunes sur la ville. Quand l’extrême droite est au pouvoir”

Commentaire(s)

  • Sonny

    Tien de la propagande mensongère d’extrême gauche…

    mars 21, 2012 at 22 h 02 min

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