Manifeste déiste d’un psychanalyste juif : utilité de l’idée de dieu, par Jean-Jacques Rassial

9 novembre 2018 Par
Emmanuel Niddam
| 0 commentaires

Dans un essai aussi érudit que vif, le psychanalyste Jean-Jacques Rassial adresse une proposition qui lie l’intime et le politique, au carrefour de la philosophie, de la théologie et de la psychanalyse. L’auteur y démontre comment le déisme – ni athéisme, ni religion – peut soutenir la place de la loi dans une laïcité accueillante pour tous.

Manifeste déiste d'un psychanalyste juif

L’essai mené tambour battant repose sur une proposition de filiation des idées, ou plus précisément sur une rectification à propos de ces filiations, visant à replacer le déisme comme une position idéologique légitime dans notre actualité.

Le lecteur a ainsi la joie de retrouver Spinoza au fil du raisonnement, en tant qu’événement dans l’histoire des idées, et en tant qu’il permet aujourd’hui encore d’ouvrir un nouveau regard sur l’idée de dieu. Hans Jonas et Concept de Dieu Après Auschwitz est également une articulation importante de l’essai, en écho au Tzim-Tzum – retrait de dieu dans la mystique juive.

« Que ce retrait de Dieu puisse ouvrir sur une liberté absolue de l’humain est certes un espoir athée, mais qui, sans plus aucune mémoire de ce retrait de Dieu, ne peut alors s’orienter que vers le pire, l’accomplissement d’une catastrophe totalitaire. Aux athées, je répondrais que Dieu laisse au moins une place vide, celle de sa non-existence, là où il nommait le lieu de l’Autre, de l’altérité elle-même – lieu alors barré, vide de toute incarnation imaginaire.»

RASSIAL J.-J., Manifeste déiste d’un psychanalyste juif, Ères, Paris, 2018, p. 125

Il faut saluer la proposition percutante de Jean-Jacques Rassial à propos des mouvements de réforme dans le Judaïsme. Invoquant l’impact de Moses Mendelssohn et de Mordecaï Kaplan, l’auteur préfère les réunir derrière l’idée de Rectification et non plus de réforme. Cette rectification serait alors à entendre du côté du Tikun – la réparation du monde à mener par les hommes et souhaitée par Dieu dans le judaïsme – en tant qu’elle rectifie une croyance en un Dieu que la création n’aurait pas rendu impuissant.

Faut-il se ressaisir du déisme ? L’essai en convainc.
Avant tout en ce qu’il réouvre la position déiste dans le social, comme une alternative utile face aux injonctions religieuses ou anti-religieuses. Puis, le travail époustouflant de filiation des idées venues du judaïsme, de la psychanalyse, de la philosophie et aussi de la pensée franc-maçonne, offre un voyage étourdissant dans les âges et les cultures. Enfin, une dimension autobiographique, un cheminement presque intime, s’entrevoit entre les lignes de raisonnement et les références scientifiques. Jean-Jacques Rassial expose sa position face à l’incompréhensible de notre monde, et c’est peut-être ce compagnonnage offert sans peur au lecteur qui convainc le plus.

 

 

Lien vers l’ouvrage : https://www.editions-eres.com/ouvrage/4291/manifeste-deiste-d-un-psychanalyste-juif