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Série Netflix : « Unorthodox » de Maria Schrader

Série Netflix : « Unorthodox » de Maria Schrader

27 avril 2020 | PAR Katia Bayer

Unorthodox est la série en yiddish, adaptée de l’autobiographie de l’écrivaine germano-américaine Deborah Feldman (« Unorthodox : The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots » , 2012) qui a eu le courage il y a quelques années de quitter avec son jeune fils le mouvement hassidique Satmar (issu de Hongrie) implanté dans le monde entier, y compris dans la communauté ultra-orthodoxe de New-York. La série diffusée sur Netflix depuis le 26 mars dernier faisait partie des nouveautés présentées au festival Séries Mania qui devait avoir lieu courant mars à Lille – et qui a été annulé au vu de la crise sanitaire.

Au vu de son sujet, de sa diffusion récente, de sa comédienne principale (Shira Haas qu’on avait bien aimée dans la série Shtisel… sur le milieu des hassidim en Israël, diffusée sur Arte), de la pratique du yiddish et de la brièveté de sa série (4 épisodes, 1 seule saison), Unorthodox, réalisé par l’actrice et réalisatrice allemande Maria Schrader, nous intriguait. Rendez-vous pris donc devant l’ordinateur, avec un dictionnaire en ligne yiddish-français, pour 4 heures d’immersion.

Le sujet aurait pu être traité au cinéma : une jeune épouse, Esty, âgée de 19 ans cherche à échapper à son foyer, à sa famille, à sa communauté en organisant sa fuite de New-York pour aller rejoindre sa mère à Berlin, qui a fui aussi son milieu des années plus tôt. Un beau jour, Esty laisse tout derrière elle et part rejoindre l’inconnu. Pas si simple, Inspecteur Gadget : son mari, sa (belle-)famille et son rabbin ne l’entendent pas de cette oreille. L’on ne s’enfuit pas ainsi de sa communauté, sans même laisser une part de cheese cake derrière soi, au risque d’être excommunié. Réunion à la table à manger, là où les décisions se prennent : le mari d’Esty (impeccable Amit Rahav, gamin tourmenté et amoureux) et le cousin de celui-ci (Jeff Wilbusch, beau gosse, acteur et ex-membre de la communauté Satmar dans la vie) partent à sa recherche en Europe pour tenter de ramener la brebis égarée à la raison, au bercail et aux US.

En laissant sa vie derrière elle, Esty s’éclate plutôt pas mal de son côté. Elle découvre la liberté, le monde. Cela va du café latte à Google, en passant par le port du jeans, des nouveaux amis (dont un plutôt mignon), les nuits berlinoises, le désir d’entrer au Conservatoire et l’abandon de sa perruque de femme mariée.

A vrai dire, cette nouvelle vie n’est pas la partie la plus intéressante de Unorthodox même si l’actrice Shira Haas est adorable avec son petit sourire en coin et sa volonté farouche de gagner en autonomie. Ce qui retient l’attention, par contre, c’est les flashbacks de la série, toute la partie supposément tournée à Williamsburg (quartier de Brooklyn), tout ce qui nous amène à comprendre quelle était en réalité la vie d’avant d’Esty. Supposément car en réalité, la série a été tournée dans son intégralité à Berlin, y compris les scènes censées se dérouler aux Etats-Unis.

Ce qu’on retient dans cette mini-série, ce sont bien ces scènes fortes où Esty essaye de s’enfuir pendant le Shabbat, dans un hall encombré de poussettes, où elle pleure lorsqu’on lui rase les cheveux, face caméra, en devenant une épouse, où les relations sexuelles lui sont pénibles mais obligatoires car son devoir est bien de livrer rapidement un premier fils à Yanky, son mari, où bout à bout, on comprend les raisons de son départ, car comme elle l’annonce et comme on le devine très rapidement, Esty est « différente ».

Unorthodox a raison de soulever certains thématiques qui ne se résument pas qu’à cette communauté souvent pointée du doigt : l’aspect compresseur du groupe sur l’individu, le poids de la famille sur ses rejetons, le statut de la femme dans un monde d’hommes, le maintien de traditions ancestrales et de règles immuables, suivies de génération en génération.

L’on adhère au projet grâce à l’interprétation de ses comédiens (les deux comédiens masculins précités étant aussi bons que l’héroïne de l’histoire) et au travail qui a accompagné la préparation du tournage. Pour accréditer le réalisme du projet, l’équipe s’est rendue aux États-Unis pour rencontrer des membres de la communauté qu’elle décrit. Elle a pris des notes et rempli des carnets de croquis. Le résultat se voit à l’écran, que ce soit du côté des tenues, des habitudes (ah, le traditionnel verre de thé), des repas très collectifs (pas moins de 20 chaises à table) et de la rupture avec le monde extérieur (accès restreint à Internet, contacts limités avec les personnes étrangères au groupe, méfiance accrue quant aux “parias”).

Seulement, la transition vécue par le personnage féminin, reflet de l’histoire autobiographique de l’auteure Déborah Feldman, aurait mérité d’être creusée davantage et pouvait nettement se passer de l’aspect carte postale de Berlin, idéalisé et bien pauvre en termes de narration. Là où le scénario et Netflix résument cette histoire passionnante à 4 épisodes, l’on aurait souhaité un peu plus de chair dans ce projet inédit, y compris dans le documentaire de 20 minutes seulement proposé par Netflix, Making Unorthodox, making-of inutile concluant faiblement le quatrième chapitre de la série, qui aurait pu être tout simplement remplacé par un entretien en profondeur avec Déborah Feldman mais aussi toute autre personne proche de la communauté décrite, source de nombreux questionnements et fantasmes. Reste un sentiment de frustration, à peine compensé par des nouveaux « amis » sur Instagram (les comédiens de la série) et la sensation de n’avoir retenu aucun nouveau mot en yiddish à part « meshugeh» (fou).

visuels (c) Netflix

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Katia Bayer

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