Cinema

Ritwik Ghatak, tigre du Bengale, rétrospective intégrale à la Cinémathèque française

01 juin 2011 | PAR Coline Crance

La cinémathèque française ouvre ce soir une rétrospective consacrée à l’un des plus grands cinéastes indiens de la deuxième moitié du XXe siècle Ritwik Ghatak. Pourtant, les oeuvres de cet immense cinéaste restent encore aujourd’hui dans le domaine du confidentiel malgré certains travaux de pionniers notamment lors du Festival des trois Continents à Nantes. L’organisation de la rétrospective intégrale à la Cinémathèque française et la parution d’un livre sur le cinéaste aux Editions de l’Arachnéen, offrent enfin la possibilité de découvrir cette oeuvre majeure.

Ritwik Ghatak naît en 1925 à Dacca, aujourdh’ui capitale du Bangladesh, dans une famille appartenant à un caste de brahmanes et comptant neuf enfants. Le père est magistrat et sanskriste. Ghatak passe une partie de son enfance et une partie de sa jeunesse à Rajshahi, aujourd’hui situé à la frontière du Bangladesh et de l’Inde. Son enfance est marquée par une relation profonde et symbiotique avec la nature et sa soeur jumelle Pratiti. Il commence très tôt à lire Rabindranath Tagore et signe un des premières pièces avec lui à l’âge de quatorze ans. A partir de ce moment là, toute sa vie est étroitement liée au théâtre. Ecrivain, dramaturge, acteur, il traduit Brecht et crée un troupe inspirée de Stanislavski et met en scène Gogol avant de s’approcher progressivement du cinéma. Il signe notamment un premier article sur le cinéma en 1948   » Une nouvelle étape dans le jeu d’acteur ». En 1953, il se lance dans le cinéma et réalise Nagarik ( le citoyen). Ce film expériementale est perdu et découvert qu’après sa mort. Mais Ghatak Ritwik à travers cette première oeuvre met déjà en place son univers et sa conception d’un art ayant vocation de transformer les mentalités à la société. Adhérent au parti communiste dont il sera exclu, cette engagement politique se ressentira néanmoins dans tous ses films. Satyajit Ray disait de Ritwik Ghatak qu’il était une  » classe à lui tout seul ».

Enfant de l’Indépendance de l’Inde , de la sanglante partition du pays avec le Pakistan et des ravages de son véritable pays le Bengladesh, Ritwik GHatk est un auteur engagé , visionnaire, alcoolique à la puissance lyrique et cinématographique autodestructrice. Ces histoire simples, ces improbables histoires d’amour sont d’autant de métaphores, paraboles burlesques du monde bouleversé qui l’entoure et d’un regard trop lucide qui cherche la fuite. L’alcool qui le ravage tout le long de sa vie est une revendication politique mais aussi son art poétique. Son dernier film Raison, Discussion et un conte l’illustre par son univers libre et déambulatoire jusqu’à l’égarement le plus complet. 

La lenteur et la pensivité des corps propre au cinéma indien se confronte à la brutalité des cadrages, des sons et du jeu de caméras et de lumières. Dans Etoile cachée son plus grand succès, l’héroïne Nita sort de la maison de son amant qui l’ a trahi. Devant l’immensité de la douleur , Ritwik Ghatak met en place une mise en scène profondément corporelle et charnelle qui transcende les propres frontières du cinéma. A la douleur de la scène se mêle le bruit de claquements de fouets à une musique lascinante qui lascèrent et finissent de juger cette chaire trahie dans ce qu’elle a de plus intime.  » créateurs d’images puissantes dans un style épique, il était virtuellement sans égal dans le cinéma indien » disait Satyajit Ray de Ghatak avec une admiration et une affection non dissimulées.

Destructeur, intellectuel brisé et exilé , le thème politico-historique de la partition du Bengale n’a cessé de hanter son oeuvre lui conférant cette puissance émotionnelle , cette singulière violence de son esthétisme doublé de répétitions scéniques qui semble parfois quitter le domaine du cinéma pour celui de l’incantation.

Un cinéaste clé, étoile filante et brisée du cinéma indien, il réalise une oeuvre majeure de huit chef d’oeuvres qu’il faut s’empresser de découvrir lors de la rétrospective de la cinémathèque française.

Information concernant le programme de la rétrospective : ici

 

Date à retenir : Film et table ronde «  Ritwik Ghatak , un cinéaste du Bengale » Samedi 4 juin à 14h30. A al suite de la projection à 14h30 de Raison, discussions et un conte. Rencontre avec Sandra Alvarez de Toledo, France Bhattacharya, Raymond Bellour et Charles Tesson ( les deux spécialistes français de ce cinéaste).

Infos pratiques

Inauguration de la VOZ’Galerie le 9 juin 2011
Comptoir des Cotonniers se lance dans la musique
Coline Crance

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *