Cinema

[REC]³ – Genesis, l’amour plus fort que la mort

[REC]³ – Genesis, l’amour plus fort que la mort

09 mars 2012 | PAR Olivier Handelsman

Les films de zombies sont plein de clichés, en contradiction flagrante avec la réalité et le sens commun. Il est difficile de trouver un « bon » film de zombies, dans le sens où, à moins d’être un amateur du genre, seuls les classiques comme The Walking Dead, Pet Sematary, Shaun of the Dead et Dawn of the Dead peuvent réellement séduire un grand nombre de spectateurs et revendiquer une qualité supérieure. C’est d’ailleurs un point assez consensuel entre fans et allergiques. [REC] a cependant fait un début fracassant, avec un premier opus remarqué pour son scénario, le jeu de ses acteurs (dont l’excellent Javier Botet, à la morphologie surnaturelle du fait d’une maladie affectant l’ensemble de son corps) et l’indigence de ses moyens. Les films d’horreur à caméra embarquée comme Cloverfield ou le Projet Blair Witch ne méritent pas tous le coup d’œil, et c’est sans concession que le public a trouvé [REC]² médiocre. Que dire cependant du troisième épisode, en salles le 4 avril ?

Un mariage et deux cents enterrements : c’est le titre qu’aurait pu porter ce film, mais Paco Plaza lui a préféré le plus sobre « Genesis ». Sobre certes, mais complètement énigmatique : quel rapport peut bien avoir un film de zombies avec la Genèse ? Les thématiques religieuses (et en particulier catholiques) sont très chères à tous les réalisateurs transpyrénéens, mais malgré une révélation assez explicite (il suffit qu’un prêtre récite la Genèse pour que les zombies s’immobilisent tout grelottants, et d’ailleurs pourquoi la Genèse et pas un autre passage ?), on ne trouve toujours pas le lien. Pas même un début d’explication tirée par les boyaux. A moins que le quatrième épisode (« Apocalypse », entend-on murmurer), ne soit le véhicule de l’explication tant attendue.

Voilà pour le titre. Le film lui-même se passe de commentaires. Il est difficile d’imaginer en entrant dans le cinéma à quel point un réalisateur peut se moquer de ses spectateurs.

Un scandale. Ce devait être le plus beau jour de leur vie, mais comme d’habitude le vieil oncle original est venu mettre son grain de sel. Mordu de frais par un chien mort-vivant, il décide ni une ni deux de se rendre au mariage de Koldo et Clara, un jeune couple aussi tendre qu’optimiste. Un mariage espagnol par excellence, à l’église, avec une somptueuse réception et de la musique sans retenue. Ils sont venus, ils sont tous là, même ceux d’Andalousie, y a même Giorgio le fils maudit avec des présents plein les bras… Et tout se passe à merveille, tout le monde endosse son rôle sans se poser de question. Jusqu’au petit cousin qui est chargé de filmer l’intégralité de l’événement sur la caméra de papa, et Atún le professionnel tatillon sur les questions techniques.

Mais la caméra embarquée ne suffit plus. En pleine battue de zombies à la recherche de chair vivante, le marié jette brusquement la caméra high-tech d’Atún, qui semble plus préoccupé de filmer l’horreur que de s’enfuir et de chercher les survivants avant qu’ils ne soient acculés. Le cousin, quant a lui, se retrouve prestement mis à l’abri dans une chapelle attenante (où les zombies ne peuvent semble-t-il pas entrer). C’est un retour au cinéma classique qui trompera le spectateur dans les premières minutes, mais pas beaucoup plus ; tout le monde est très vite plongé dans la terreur. Comment est-ce possible ? Contrairement à beaucoup d’autres films du genre, on sait exactement ce qui va se passer. On est prévenu au moins une demi-heure à l’avance. Mais on ne sait jamais exactement QUAND. L’on sent monter une ambiance terrifiante, et c’est une queue de poisson qui nous fait ravaler notre adrénaline. L’on est pris par un fou rire à l’image du marié et du serveur armés de la tête aux pieds grâce à des armures médiévales trouvées dans la chapelle, et soudain…

Finalement, très peu de choses sont soudaines dans [REC]³ Genesis. Il est d’un réalisme frappant, car nos émotions n’ont rien de contrôlable, nous sommes proprement incapables de déterminer la suite des événements dont l’on est à la fois acteur et observateur. Surtout lorsque le reflet des zombies (qui sont bien évidemment tous de la famille et des amis des mariés, ce qui rend certaines séparations déchirantes) dans les quelques miroirs habilement disposés à l’intérieur de la salle de réception renvoient l’image des terrifiants et décharnés mort-vivants déshumanisés des deux premiers films (particulièrement le personnage de Tristana Medeiros, digne d’un Dalí sous crack). Il n’y a plus d’échappatoire : les survivants qui ne peuvent se résoudre à charcuter impitoyablement leurs proches avilis par la maladie de non-mort finissent par rejoindre les rangs. Quant aux autres, ils se heurtent bien vite à une barrière de quarantaine dressée autour du parc entourant le bâtiment par de mystérieux hommes en jaune, que l’on a déjà pu apercevoir dans les films précédents… Et étrangement au début du film, lorsque la menace ne s’était pas encore déclarée…

Vous n’en sortirez pas sans une frayeur, un éclat de rire et une pointe de tristesse: c’est tout ce dont l’équipe de ce film pouvait rêver. Après un tournage de six semaines seulement, Paco Plaza rend sa copie sans faute d’accord ni d’orthographe, et justifie l’attente des inconditionnels de son phénomène horrifiant.

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

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