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Quatrième édition du Festival du film politique de Carcassonne, jour 2 : visions du réel

Quatrième édition du Festival du film politique de Carcassonne, jour 2 : visions du réel

17 janvier 2022 | PAR Alexis Duval

Pour sa deuxième journée, la manifestation audoise a donné à voir un éventail de films diversement inspirés, mais toujours inspirants.

Le public du Festival du film politique de Carcassonne a l’embarras du choix. Pour cette deuxième journée, samedi 15 janvier, il pouvait établir son programme entre dix films, dont un ciné-concert. A Toute La Culture, c’est avec Insulaires qu’ont démarré les projections. Un moyen-métrage documentaire coréalisé par Maxime Faure et Adam W. Pugliese qui prend comme cadre Les Iles. Un ensemble urbain de Bonneville (Haute-Savoie) en passe d’être détruit.

Son grand mérite : braquer les projecteurs sur les situations de détresse qu’engendrent ces restructurations immobilières et donner la parole aux oubliés. Les échanges entre les deux femmes sexagénaires qui ont quitté le Maghreb pour s’installer en France constituent à ce titre certains des plus jolis moments. On saluera également l’usage de la modélisation d’architecte comme médium visuel. Reste que la scénarisation est trop évidente et le manque de spontanéité est trop cruel pour qu’on soit pleinement emportés.

Selon la police, un scénario erratique

Deuxième séance dans l’après-midi avec Selon la police de Frédéric Videau. Le film se présente comme la tranche de vie d’officiers d’un commissariat de Toulouse. Tourné principalement dans la Ville Rose et en partie à Carcassonne, ce troisième long-métrage offre un scénario erratique qui peine, du fait d’une construction inutilement alambiquée, à révéler un fil conducteur.

L’écriture, elle, est bâclée, en particulier l’argot de la profession que certains comédiens ne parviennent pas à s’approprier. Ce qui donne l’impression d’un casting mal dirigé, voire mal choisi. Laetitia Casta la première : son élocution pose ici des problèmes d’intelligibilité. Qu’importe, un festival ne peut être réussi si on n’a pas le droit à un rendez-vous manqué. Et Selon la police est de ceux-là.

Goodbye Soviet Union, une curiosité estonienne

Après l’Occitanie, on était ravis de voir arriver l’Estonie dans la programmation. Jumelée avec Tallinn, la capitale de l’Etat balte, Carcassonne a offert au public du festival un brin de légèreté avec Goodbye Soviet Union de Lauri Randla. L’histoire de Johannes, garçon né pendant la période soviétique et dont le quotidien est émaillé de répercussions de la politique de perestroïka voulue par Mikhaïl Gorbatchev au mitan des années 1980. Sa mère part travailler en Finlande pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.

Alors que la fin de l’URSS approche à grands pas, il s’amourache de Vera, une élève tchétchène de sa classe… Un film à hauteur d’enfant. On navigue entre comédie de mœurs et drame historique, entre légèreté et sérieux. Les situations absurdes des relations entre préadolescents n’est pas sans faire penser à Moonrise Kingdom de Wes Anderson, l’esthétisme en moins. Une curiosité bienvenue.

Municipale, un projet complètement fou

La journée s’est terminée sur un coup de cœur pour Municipale. Ce film signé Thomas Paulot et Ferdinand Flame est en soi un projet complètement fou. Les documentaristes ont voulu créer de toutes pièces une candidature à l’élection municipale de 2020. Pour ce faire, ils ont parachuté un acteur, Laurent Papot, à Revin, petite ville de 6500 habitants dans les Ardennes. Désindustrialisation fondrière, chômage endémique, extrême droite en embuscade… La commune présente des problèmes similaires à bon nombre de territoires de l’Hexagone.

Le comédien-candidat Laurent Papot tente de conquérir Revin en prétendant être une feuille blanche et en créant son programme en marchant, en rencontrant, en échangeant. Un postulat de départ impossible à incarner (un individu intellectuellement formé ne débarque jamais quelque part ex nihilo). Mais la démarche propédeutique dans le cadre de l’exercice de la politique locale fonctionne à plein. Le travail des documentaristes se révèle franchement passionnant lorsqu’il désamorce chaque critique à mesure que le spectateur les formule.

Alors que le projet pourrait ressembler à un succédané de Borat qui se moquerait des petites gens, le film prend le temps de s’expliquer au public en même temps qu’aux administrés de la commune. Sélectionné à l’ACID au Festival de Cannes en 2021, le film fait d’autant plus mouche dans un contexte préprésidentiel. Et fascine dans ce qu’il dit du rapport entre politique et spectacle, entre Paris et régions, entre engagement personnel et responsabilité collective… Vous l’aurez compris, à Toute La Culture, on a adoré suivre le fil de Municipale. Une œuvre propice au débat, aux échanges, à l’introspection et à la réflexion sur la cité comme bien commun. 

Crédit photo : Alexis Duval

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