Cinema

Quand le folk avait le blues : Inside Llewyn Davis des frères Coen en compétition du 66ème festival de Cannes

Quand le folk avait le blues : Inside Llewyn Davis des frères Coen en compétition du 66ème festival de Cannes

19 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

[rating=4]

Toujours aussi géniaux, les frères Cohen se penchent sur une semaine de la vie d’un chanteur de folk new-yorkais, dix ans trop tôt pour en vivre. Un petit bijou de film au casting impeccable. En compétition, pour la plus grande joie de la Croisette en ébullition dans l’attente d’une Carey Mulligan folkeuse et d’un Justin Timberlake gratteur de guitare.

A New-York en 1961, Llewyn Davis (formidable Oscar Isaac, qui pourrait peut-être bien remporter un prix dans ce rôle d’enfant en mal du demi-siècle) est un jeune chanteur de Folk qui tente de vivre de son art. Alors que son ancien compagnon de guitares et de bœuf s’est suicidé, que sa sœur s’embourgeoise et que son père a perdu la tête, le jeune homme vit de canapé en canapé, sans un sou et pas même un manteau pour affronter l’hiver. Même s’il a du talent et sait mettre tout son cœur dans chaque chanson récupérée comme un trésor d’une tradition anglaise, Llewyn Davis arrive dix ans trop tôt pour vivre de son art. faisant la navette entre le Upper west side où les parents de son partenaire disparu l’accueillent toujours comme un fils et Greenwich Village où la scène folk se réunit autour de quelques bars, Llewyn voit bien que c’est une version plus pop, plus gaie du folk telle que l’interprètent ses amis Jean (Carey Mulligan, toujours une aussi jolie voix depuis « Shame ») et Jim (Justin Timberlake). Après plusieurs nuits blanches et une accumulation de petites galères épuisantes, le jeune homme fait l’aller-retour pour Chicago où il espère rencontrer le grand producteur Bud Grossman, qui pourrait peut-être l’aider à vivre de son art, sans pour autant dénaturer son authenticité.

Sur une bande-originale formidablement portée par les acteurs et musiciens du film et qui renoue avec le fil folk ancien perdu que les frères Coen mettent à l’honneur depuis « O Brother » (2000), « Inside Llewyn Davis » est un film à la fois drôle, tendre et triste. On rit beaucoup en regardant le jeune homme se débattre pour vivre de son instrument : de ses mésaventures jamais graves et toujours un peu pitres et aussi de ses collègues qui, eux aussi, tentent de concilier authenticité et reconnaissance, tombant parfois dans des caricatures sympathiques d’artistes maudits. On ne rigole pas tant des personnages, qu’avec eux, dans une reconstitution parfaite d’une scène oubliée et d’une époque de guerre froide dont on sent parfaitement l’impact. Souvent tourné de nuit, dans des tons bleutés, linéaire, malgré un seul flash-back, « Inside Llewyn Davis » est peut-être un des films les moins fous des frères Coen. On en sort terriblement touchés et très mélancoliques.

« Inside Llewyn Davis », de Joël et Ethan Coen, avec Carey Mulligan, Justin Timberlake, John Goodman, USA, Studio Canal, sortie en salles le 4 décembre 2013. En compétition au 66ème festival de Cannes.

Cannes, jour 4 : la grandeur de Desplechin,l’amour nucléaire de Rebecca Zlotowski, le folk des frères Coen et la grandeur de la Thailande
Borgman d’Alex Van Warmerdam, un film néerlandais en compétition à Cannes
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *