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[Cannes 2021, Compétition] Nanni Moretti fait un portrait noir et élégant de la bourgeoisie romaine avec « Tre piani »

[Cannes 2021, Compétition] Nanni Moretti fait un portrait noir et élégant de la bourgeoisie romaine avec « Tre piani »

13 juillet 2021 | PAR Yaël Hirsch

Nanni Moretti aura attendu un an pour montrer son nouveau film à Cannes et cela valait le coup ! Présenté en compétition officielle, Tre Piani (Trois étages) sonde les zones d’ombre et de flottement de voisins dans un quartier huppé de Rome. Aussi beau qu’implacable.

Le bal triste des voisins

Dans la nuit, alors que son mari ingénieur est absent, Monica (Alba Rohrwacher) part seule accoucher. Elle est témoin du passage en trombe de la voiture d’Andrea, le fils de ses voisins magistrats, Vittorio (Moretti) et Dora (Margherita Buy). La voiture percute une femme et va se planter dans la vitre de l’appartement de Sara et Lucio (Riccardo Scamarcio), d’autres voisins. Ces derniers confient leur fille Francesca à leurs voisins âgés pour déblayer… Ils la confient d’ailleurs souvent, mais un jour le vieux voisin se perd avec la petite au parc et elle semble si déboussolée qu’on se demande si elle n’a pas été abusée. Lucio devient fou et attaque son vieux voisin à l’hôpital. Venue porter secours à ses grands-parents, la jeune Charlotte ignore tout de la situation et se jette dans les bras de Lucio dont elle est amoureuse depuis longtemps… Cinq ans plus tard, Andrea a purgé sa peine, mais Lucio est en procès pour avoir eu un rapport sexuel avec Charlotte alors mineure ; l’enjeu est de savoir s’il était consenti.

Le charme amer de la bourgeoisie occidentale

L’on retrouve Nanni Moretti, dans un vrai mélodrame, qu’il traite avec rigueur et fluidité, aussi bien avec sa caméra qu’en acteur interprétant le rôle de Vittorio, le père inflexible qui ne pardonne pas les écarts meurtriers de son fils… Cette transposition à Rome du livre de l’écrivain israélien Eshkol Nevo (qui se passait à Tel Aviv), Tre Piani (Trois étages) prend des allures d’universel pour peindre les zones d’ombre de nos familles et voisins occidentaux. Le film mêle douceur et inflexibilité, tendresse et noirceur, dès l’immense violence de l’accident. Moretti est implacable avec ses personnages et génial avec ses acteurs : son casting est extraordinaire et il y a de la place pour tout le monde…

Ce qui se brise, ce qui passe

Avec la photo unique de Michele D’Attanasio, Tre Piani parle de ce qui ne se transmet plus, des faux pas qui cassent la chaîne de transmission, de ce qui brise une vie ; mais il n’y a pas de terre complètement brûlée, là où la conscience passe, où demander pardon est possible, l’herbe peut repousser et les messages passer, malgré tout… Un bon Moretti et un grand film, en salles le 27 octobre 2021.

Tre Piani, de Nanni Moretti, avec : Riccardo Scamarcio, Alba Rohrwacher, Nanni Moretti, Margherita Buy, Italie, 2020,  en compétition.

Visuel : image du film © Le Pacte

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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