Cinema

Martha Marcy May Marlene, joli portrait d’une jeune fille perdue

Martha Marcy May Marlene, joli portrait d’une jeune fille perdue

27 février 2012 | PAR Olivia Leboyer

Sélectionné à Cannes (Une certain regard) et à Sundance, Martha Marcy May Marlene est un joli film, troublant et mélancolique, sur une toute jeune fille échappée d’une secte. Elizabeth Olsen est remarquable Sortie le 29 février.

Sur l’affiche, deux visages de Martha, légèrement flous, se superposent, tandis que quatre prénoms, aux consonances proches, retiennent l’attention : il s’agit bien d’une identité perdue, brouillée. Un beau jour, Martha (Elizabeth Olsen, sœur des jumelles Olsen), s’échappe de la petite secte bucolique dans laquelle elle vivait. Aussitôt, elle téléphone à sa sœur aînée, qui vient la chercher. Entre les deux sœurs, peu de confidences échangées : heureuse de retrouver Martha saine et sauve après une longue disparition, Lucy n’ose pas la questionner. Pudeur, crainte d’entendre des choses choquantes ou irréparables, toujours est-il que Martha passe d’un enfermement à un autre : dans la superbe maison de sa sœur et de son mari architecte, elle profite du temps qui passe, sans repères. Comme en convalescence, Martha se promène, se baigne dans le beau lac, vit une vie presque animale, un comportement proche de celui qu’elle avait adopté dans la secte.

Le film suit la lente et comateuse réadaptation de Martha, entrecoupée de réminiscences de sa vie d’avant : des passages troublants, où la secte apparaît tantôt sous le jour favorable d’une petite communauté hippie, tantôt dans ses aspects les plus brutaux, les plus crus. John Hawkes, qui incarne le chef de la secte, est parfait d’ambiguïté, tour à tour séduisant, sympathique ou tout simplement terrifiant et détraqué. La musique folk, très belle, s’impose comme un bloc de mélancolie et nous émeut vraiment.
Assiste-t-on à une renaissance ? Pas tout à fait, et c’est ce qui fait la beauté de ce film étrange, qui ne livre rien, sinon des plages de nostalgie et d’inquiétude. Martha ne sait pas quoi faire de sa liberté (prochainement, sur un thème proche, le film A moi seule, de Frédéric Videau, avec Agathe Bonitzer). Libre, elle ne l’est pas réellement, puisqu’elle a, pour l’instant, simplement trouvé refuge chez sa sœur. C’est cet espace de transition, cette zone de perceptions floues, hésitantes, que capte Sean Durkin sur le visage étonné, apeuré, d’Elizabeth Olsen. Entre une nature accueillante, où les soucis d’évanouiraient comme par magie, et la présence, toujours menaçante, des hommes, la jeune fille a quitté le terrain de la réalité, errant entre rêveries bucoliques et peurs tenaces.

Un très joli film, au charme trouble, et qui révèle une actrice étonnante.

Martha Marcy May Marlene, de Sean Durkin, Etats-Unis, 1h41, avec Elizabeth Olsen, Christopher Abbott, Brady Corbet, Hugh Dancy, Maria Dizzia, Julia Garner. Sortie le 29 février 2012.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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