Cinema

[Live Report] Arras Jour 2 : Isabelle Huppert vient illuminer une journée en demi-teinte

[Live Report] Arras Jour 2 : Isabelle Huppert vient illuminer une journée en demi-teinte

08 novembre 2016 | PAR Hugo Saadi

À quelques jours du lancement de sa compétition européenne, le festival du film d’Arras continue de remplir les salles, où une grande majorité de locaux se pressent de venir découvrir les nombreuses avants-premières. Retour sur une deuxième journée en demi-teinte.

Tandis que de la neige fondue s’abattait sur la région parisienne, le beau temps froid accompagnait notre première séance du matin au Festival d’Arras : La Ragazza del mondo. Le réalisateur Marco Danieli centre son histoire sur Giulia, une jeune fille qui décide d’abandonner ses études pour mieux se consacrer à sa religion : témoin de Jéhovah. Son chemin bien tracé va être chamboulé lorsqu’elle croise celui de Libero, jeune trafiquant de drogue qui vient tout juste de sortir de prison.

Très classique, le postulat de départ ne surprendra à aucune occasion. Le film se veut trop consensuel et sans surprise. La romance qui découle de la rencontre entre les deux jeunes est du réchauffée et traine en longueur. Ce premier film se démarque malgré tout par son regard sur la secte des témoins de Jéhovah. Le réalisateur italien emmène dans les arcanes du pouvoir de ce regroupement religieux et en révèle les structures sans tomber dans le grotesque et le cliché. Enfin, le film demeure captivant grâce aux deux acteurs principaux, Sara Serraiocco (la jeune Giulia) illumine le film de sa présence, alors que Michele Riondino (Libero) lui donne une énergie nécessaire.

[rating=2]

Le premier film francophone de notre sélection provient de la Belgique avec Souvenir. Bavo Defurne place Isabelle Huppert sous le projecteurs dans un film très convenu, mais à la beauté simple. L’actrice française y interprète Laura, une ancienne star de la chanson belge ayant terminé deuxième à l’Eurovision, juste derrière Abba. C’est l’unique image que retient l’opinion publique de cette femme désormais tombée dans l’oubli. Un oubli que Jean (Kévin Azaïs), jeune boxeur de 21 ans va tenter d’effacer en s’improvisant manager de l’ancienne star, rencontrée sur son nouveau lieu de travail : une usine de pâté de porc.

Le réalisateur belge fait le pari d’un duo original qui fonctionne à merveille pour cette histoire d’amour improbable : Isabelle Huppert (après Elle, elle continue d’épater) et Kévin Azaïs. Même si l’heure et demie 1h30 parait parfois longue, les quelques interludes musicaux insèrent une touche de nostalgie à cette comédie dramatique à découvrir dans les salles le 21 décembre prochain.

[rating=3]

Dans l’après-midi, un tour du côté de la rétrospective « La guerre d’Espagne » proposée par le festival s’imposait. Et c’est L’échine du diable de Guillermo Del Toro qui a eu cette faveur. Dans ce quasi huis clos, la caméra ne quitte presque jamais l’enceinte d’un orphelinat qui accueille les enfants dont les parents sont morts durant les combats de la guerre civile d’Espagne. Lorsque Carlos, jeune garçon de 12 ans y débarque, il est vite confronté aux secrets qui hantent l’établissement. Mêlant paranormal, horreur et fond historique, le réalisateur argentin soigne sa réalisation et s’appuie sur un casting d’enfants qui fait des merveilles. Le mélange des genres fonctionne, les fantômes côtoient les soldats et la tension ne retombera qu’après le final violent et captivant. 15 plus tard, le film n’a toujours pas perdu de sa superbe.

[rating=4]

Enfin, cette 2ème journée à Arras s’est clôturée par un film d’anticipation assez étrange. Réalisé à 20 mains (10 réalisateurs dont seulement deux femmes !), Wonderland propulse dans une Suisse menacée par un étrange phénomène. Un immense nuage recouvre le pays alpin en l’espace de quelques heures, s’arrêtant bizarrement aux frontières. Les Suisses se retrouvent en alerte maximum lorsque les médias annoncent une tempête imminente.

Wonderland présente de nombreux personnages (peut être un par réalisateur, le film n’est pas construit sous forme de saynète) dans plusieurs situations. Une idée de base intéressante, mais qui devient ici le problème majeur. En multipliant les points de vue, l’intrigue s’éparpille complètement et trop de pistes sont lancées pour que l’ensemble reste cohérent et fluide. Il est difficile de cerner où le film souhaite emmener, même si au vu de l’éventail des personnages (des nationalistes, chefs d’entreprises, jeunes couples, fonctionnaires, retraités), les réalisateurs allemands et suisses semblent dresser un large panorama du pays et des réactions que cette crise entraine, chacun se préparant à sa manière. Finalement, le film réussira cependant à capturer comme il se doit la panique qui s’installe bien avant la tempête que l’on ne verra jamais à l’écran : on  dénombre déjà des morts et des blessés et le chaos règne aux postes frontaliers. Dommage que la distanciation avec les personnages est trop forte, délivrant un film flou et sans émotion..

[rating=2]

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Hugo Saadi

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