Cinema
[L’Étrange Festival] « Heavy Girls » : économie de moyens et richesse humaine

[L’Étrange Festival] « Heavy Girls » : économie de moyens et richesse humaine

06 septembre 2015 | PAR Willy Orr

Diffusé dans le cadre de la seconde séance d’une carte blanche octroyée à Benoît Delépine par L’Étrange Festival, Heavy Girls du réalisateur Alex Ranisch est un film réalisé avec extrêmement peu de moyens et beaucoup de tendresse. Primé en 2012 par le jury du festival Mauvais Genre dont Delépine était lui même président (prix du jury), le film a été réalisé avec 517,32 euros précisément, autant dire « le budget coca­light de Guillaume Gallienne sur un tournage » a t­on ironisé avant la projection.

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Sven vit avec sa maman dans un appartement à Berlin. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, Edeltraut est assistée par Daniel lorsque son fils va travailler. Peu à peu, la relation entre les deux hommes va évoluer en histoire d’amour. Premier gros point fort du film, le personnage d’Edeltraut, campée par la grand­-mère du réalisateur. Figure d’une poésie rare, elle nous prouve lors d’une scène de fête, déguisée avec deux ailes cotonneuses dans le dos, que les anges n’ont pas d’âge.

Conçu avec une simplicité étonnante, presque choquante, Heavy Girls nous prouve que le cinéma est encore un art pouvant se détacher des schémas de financements classiques, même s’il aurait été sans doute difficile de voir ce film en dehors du festival, ou sans le coup de pouce de Delépine. Il est vrai que le moment le plus intéressant du film reste sa situation de départ et la relation triangulaire Sven­-Edeltraut-­Daniel. Une fois un de ces personnages effacé, même si le film garde quelques beaux tours dans son sac, il reste malgré tout moins captivant qu’à son début, s’essoufflant surtout dans les vingts dernières minutes (ce qui reste conséquent pour un film d’une heure et quart).

Ode à la liberté, Heavy Girls est malgré tout un petit grand film, qui nous donne un sentiment de tendresse pour les corps vieux ou boudinés présentés à l’écran, parfois certes avec une réalisation, un cadrage ou un montage maladroits, mais toujours avec charme. Ces silhouettes paraissent d’ailleurs bien plus gracieuses que les corps­carcans, lisses et séduisants, présents dans la plupart des films contemporains. Bien sûr, s’il est un espace où voir ce genre de personnage en action, c’est bien L’Étrange Festival, mais ce choix de Delépine mérite d’être salué comme le pur geste d’amour cinéphile qu’il est, nous sortant des chemins battus de la production cinématographique actuelle.

On ressort donc de la séance ravi, empli d’un sentiment de satisfaction d’avoir vu un film fait avant tout par amour pour le cinéma. Merci, donc, au grolandais ; espérons que les autres films de sa carte blanche seront aussi sympathiques et loufoques. À n’en pas douter, très certainement.

DICKE MÄDCHEN 2013. Couleur. 77 mn. VOSTF. Réalisation : Axel Ranisch.Production : Sehr gute Filme.Scénario : Axel Ranisch, Heiko Pinkowski, Peter Trabner.Avec : Heiko Pinkowski, Peter Trabner, Ruth Bickelhaupt, Paul Pinkowski.Pays : Allemagne.Genre : Comédie, Drame.

Le programme complet de L’Etrange Festival se consulte par ici.

Visuel : (c) DR

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