Cinema
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Les Nouveaux Chiens de Garde, un pamphlet dénonciateur à la démonstration chancelante.

27 janvier 2012 | PAR Camille Lafrance

SYNOPSIS : Les médias se proclament « contre-pouvoir ». Pourtant la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations prémâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur. En 1932, Paul Nizan publiait Les Chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en gardiens de l’ordre établi. Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes, éditorialistes et experts médiatiques devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social.

Les Nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat se veut être un film à visée démonstrative. Mais il est difficile d’être convaincu par certains exemples télévisuels pour qui il est supposément facile de trouver des contre-exemples, ou de les détourner pour montrer la thèse opposée.

En clair, la démonstration n’est pas évidente mais la pensée de l’exercice reste : les têtes de gondole du monde des journalistes ne sont pas si objectives, si indépendantes, nous nous faisons avoir. Elles viennent en grande partie de la bourgeoisie, et par ce fait ont de la peine à s’intéresser véritablement aux intérêts de la classe populaire. De plus, les experts invités à la télévision sont toujours les mêmes et ne remettent jamais en cause le système libéral qui chute actuellement. Ils ont pour la plupart évolué dans les mêmes milieux et fréquentent les mêmes cercles d’élite. Le documentaire montre tous ces économistes, grands décideurs de la télévision, journalistes people, industriels, politiques se rendre dans un restaurant sur les Champs-Élysées. La voix off indique que chacun s’y rend tous les derniers mercredi du mois. Le spectateur aurait certainement voulu avoir plus de précision, et la preuve de ce qu’elle avance. Mais l’idée qu’ils puissent s’acoquiner entre eux alors qu’ils doivent occuper des pouvoirs opposés, les uns contestant les autres, est choquante. Par conséquent, le concept d’objectivité ici flanche.

Nous savons également que la majorité des journaux, chaînes de télévision et de radios appartiennent à des groupes industriels. Le concept d’indépendance y prend pareillement un coup. Mais la démonstration du documentaire dans ce cas est bancale : une comparaison est faite entre plusieurs JT de TF1 relié à l’industrie Bouygues dont une centrale nucléaire vient d’avoir un accident. Aucune mention de ceci n’est faite dans les JT de PPDA ou de Claire Chazal à l’époque. Baser son argumentation pratique sur ce seul exemple est définitivement précaire.

Les journalistes présentés ici, les experts et même les politiques servent une idéologie capitaliste libérale, en concordance avec celle des patrons des groupes industriels qui ont la main forte sur les médias. « Le capital c’est le pouvoir » selon Franz-Olivier Giesbert. Le « pluralisme », l’ « objectivité », l’ « indépendance » des journalistes des grands médias sont particulièrement critiqués.

Autrement dit, le documentaire Les Nouveaux Chiens de Garde est basé sur d’excellents présupposés mais mal appuyé par des exemples trop réduits. On sent que le travail de mastication de toute la matière pouvant servir la thèse principale a quelques fragilités. Malgré tout, ce qu’il dénonce doit être transmis au plus grand nombre, pour faire changer le regard sur les médias, la répartition des pouvoirs à l’élite, éveiller les consciences. Il est conseillé de lire le livre pour avoir une plus claire démonstration.

Les Nouveaux Chiens de Garde, De Gilles Balbastre et Yannick Kergoat Avec Arlette Chabot, David Pujadas, Alain Duhamel, Christine Okrent, Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, Alain Minc, Christophe Barbier, Michel Field. Durée : 1h44 Sortie le 11 Janvier 2012.

 

 

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