Cinema
Les Misérables de Tom Hooper : une adaptation respectueuse de la comédie musicale

Les Misérables de Tom Hooper : une adaptation respectueuse de la comédie musicale

10 février 2013 | PAR Yaël Hirsch

Présenté en avant-première hier soir à la Berlinale (lire notre live-report), l’adaptation par le réalisateur du « Discours d’un roi » de la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil (voir notre critique de la plus récente version pour la scène parisienne) a emballé le public. Pas seulement parce que tout le gratin d’Hollywood y participe et que plusieurs stars étaient venues en personne à la projection officielle au Friedrichstadt Palast, mais aussi parce-que « Les Misérables » est un divertissement d’autant plus efficace qu’il est très respectueux de l’œuvre dont il s’inspire.

Adaptation de plus de deux heures et demie de la mythique comédie musicale qui a réuni plus de 60 millions de spectateurs dans le monde en 22 ans, le film épique de Tom Hooper reprend la structure de cette œuvre et se laisse porter par l’intrigue du roman de Victor Hugo (1862). Paris, 19ème siècle, le bagnard Jean Valjean (Hugh Jackman)  est libéré après 19  ans mais son passé le poursuit et il rompt la conditionnelle pour devenir quelques années plus tard le maire de Paris. Le policier Javert (Russell Crowe) le côtoie et ne l’a pas encore démasqué mais tient à retrouver Valjean car il a une idée très exacte de la justice. Dans une des usines du maire, la jeune Fantine (Anne Hattaway) se fait renvoyer, elle ne peut plus faire vivre sa petite fille, Cosette, placée chez deux aubergistes, les Thénardier (parfaits Helena Bonham-Carter et Sacha  Baron Cohen. Quand il apprend la destinée tragique d’une Fantine prostituée et mourante, Valjean va chercher Cosette et l’évèlve. Neuf ans plus tard, c’est une petite princesse que voir le jeune révolutionnaire Marius (excellent Eddie Redmayne). Valjean apprend qu’ils sont tombés amoureux et sait qu’il est temps de rendre sa chère Cosette et d’aller se dénoncer… Mais c’est le jour même où Marius et ses amis, avec le jeune Gavroche en mascotte élèvent des barricades jusqu’au ciel pour refaire le monde à neuf…

Dans cette adaptation à 61 millions de dollars, au casting de rêve, Hooper a fait trois choix cruciaux qui font du film un succès : il a reconstitué le Paris des années 1830 comme un somptueux décor de théâtre, mais qui reste décor -deuxième point- puisqu’il prend parti de toujours filmer ses personnage en gros plan et seul, et ce même quand ils dialoguent . Cela donne un tour assez magique au film, et rompt avec la vue d’ensemble que pouvait donner le musical sur scène mais pour le meilleur : le triomphe de l’individu romantique enlève le public dans le sillage de l’émotion de chacun des personnages. Enfin, ce sont les acteurs qui chantent eux-mêmes et là, le verdict est impitoyable : Anna Hattaway merite bien sa nomination aux oscars pour Fantine tant elle irradie – et en jeu et en chant. Les jeunes(Seyfried, la nouvelle Samantha Barks et l’excellent Eddie Redmayne) sont super bien entraînés et si Baron Cohen a un joli filet de voix en mode clownesque, malheureusement, Russel Crowe est un peu juste et Hugh Jackman oscille entre le pas de voix et des sonorités de chèvre. D’où un certain effet étrange pendant les premiers duos entre Javert et Valjean. Mais cette fausse note rend la machine de guerre qu’est ce film plus humaine, et la remplit d’émotion. L’on s’habitue peu à peu et les deux monstres hollywoodiens sont tellement présents à leurs personnages qu’on en oublie la mélomanie pour se concentrer sur l’intrigue, mise en scène avec tambours, trompettes et roulement de tambour et néanmoins, c’est une gageure, avec gout, par un Tom Hooper décidément très doué. Un formidable divertissement.

Les Misérables, de Tom Hooper, avec Hugh Jackman, Russell Crowe, Anne Hathaway, Amanda Seyfried, Eddie Redmayne, Aaron Tveit, Samantha Barks, Helena Bonham Carter, Sacha Baron Cohen, United Kingdom 2012, 158 min.

Slip hip hip hourra! de Pierre Coran & Pascal Lemaître
Berlinale : Gloria, de Sebastian Lelio, un beau portrait de femme en compétition
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “Les Misérables de Tom Hooper : une adaptation respectueuse de la comédie musicale”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    Soutenez Toute La Culture