Cinema
L’écume des jours : Gondry puise dans l’univers de Vian

L’écume des jours : Gondry puise dans l’univers de Vian

22 mars 2013 | PAR Marie Boëda

Roman rythmé et visuel, L’écume des jours était fait pour être transposé au cinéma ! Un cocktail intéressant compte tenu de l’interprétation de chacun et du style inimitable de Michel Gondry. Un film qui nous plonge dans un univers surréaliste et imaginaire…

Synopsis : L’histoire surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin, qui rencontre Chloé, une jeune femme semblant être l’incarnation d’un blues de Duke Ellington. Leur mariage idyllique tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui grandit dans son poumon. Pour payer ses soins, dans un Paris fantasmatique, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus absurdes, pendant qu’autour d’eux leur appartement se dégrade et que leur groupe d’amis, dont le talentueux Nicolas, et Chick, fanatique du philosophe Jean-Sol Partre, se délite.

Écrit en 1946 au dos d’imprimés de l’AFNOR, L’écume des jours de Boris Vian est sorti le 20 mars 1947 aux éditions Gallimard/NRF.  De son vivant, Vian n’en a tiré aucun succès. Un style inventif et innovant qui était encore peu apprécié par les pointures littéraires de l’époque. Aujourd’hui, œuvre classique étudiée au lycée, elle est transposée en film par Michel Gondry avec l’aide du producteur Luc Bossi.

« Les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent ». A partir de ce principe, Michel Gondry donne le premier rôle aux objets. Ils prennent le dessus, vivent plus que les acteurs, seuls eux vieillissent ! On sent le plaisir du réalisateur à leur donner vie, il n’a pu s’empêcher de rajouter quelques scènes, souvent excellentes et allant en continuité avec l’ambiance du livre : « Pour moi, ce ne sont pas les gens qui vieillissent, je ne les vois pas vieillir ; mais je vois leurs photos rajeunir… Et on peut appliquer ça aux objets. Leur donner une vie en les détournant, cela m’excite énormément ». En revanche, l’importance donnée à l’impact des images réduit le rôle des acteurs, qui semblent moins impliqués. Les acteurs principaux, tous célèbres, choisis pour leur jeu semblent moins dedans.

On retrouve avec plaisir le style Gondry. Adapter L’écume des jours, un de ses livres préférés, est un prétexte qui fait de ce film une réelle création. Les thèmes principaux du roman ne sont pas oubliés : l’amour impossible, la société aliénante, le règne de l’argent, la critique du travail industriel et de la religion, l’éloge du jazz. On entend bien sûr « Chloé » de Duke Ellington à plusieurs reprises. Cette musique régale le film d’une ambiance chaleureuse qui nous transporte dans l’univers dansant du « biglemoi ». Plusieurs dialogues ou jeux de mots du livre sont repris laissant, par moment, le roman prendre le dessus. Même s’ils sont moins appréciables dans le film, ils sont rattrapés par l’ambiance poétique qui nous transporte. Une esthétique incroyable accompagne ce monde surréaliste mélangeant bonheur éphémère et tristesse indélébile. Jeux de lumières, de couleurs et d’espace, repères temporels brouillés. L’appartement de Colin s’arrondit  aux sons du blues, se rétrécit et s’assombrit petit à petit pendant que le nénuphar de Chloé grandit dans son poumon.

Le rythme évolue dans une décroissance, de la rapidité à la longueur au fur et à mesure de l’avancement de la maladie de Chloé. On en sort un peu étourdi … Malgré quelques longueurs tout au long du film, l’atmosphère extravagante, originale et surréaliste nous permet de nous évader pendant les 2 heures du film. Gondry a su reconstruire l’univers de Vian tout en l’interprétant.

 

Visuel (c) : affiche du film

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Marie Boëda

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