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Le Policier : le cinéma Israélien crée la surprise

Le Policier : le cinéma Israélien crée la surprise

13 mars 2012 | PAR Elodie Rustant

Yaron, policier d’élite dans une unité anti-terroriste, est une sorte de « produit idéal » de la société israélienne. Il est beau, sportif, aime son pays et sa femme qui attend un bébé. Son adversaire ? « L’ennemi arabe ». Ses certitudes sur la vie vont voler en éclats lorsque sa route croisera un groupe de jeunes militants, radicaux, déterminés, et… israéliens.

N’attendez pas un énième film sur les méandres du conflit israélo-palestinien. Le réalisateur Nadav Lapid brouille les pistes avec ce nouveau long-métrage déroutant. Au-delà de tout manichéisme, le réalisateur offre un portrait très politique et personnel de la société israélienne actuelle. Ce ne sont pas de potentiels ennemis extérieurs qui l’intéressent, mais le combat invisible que se livrent les différentes strates de cette société marquée par de profondes inégalités sociales.

Comme écho aux événements de l’été 2011 où des milliers d’Israéliens sont descendus dans les rues crier leur désir de justice sociale, Nadav Lapid oppose deux visages de cette société en apparence unie.

C’est un fossé absolu qui sépare Yaron et ses camarades, de Nathanaël et son groupe d’activistes. Les uns, patriotes, attachés aux valeurs militaristes de leur pays, les autres avides d’une justice et d’une égalité sociale qui ne pourront trouver d’aboutissement que par une violence ciblée.

Le parti pris très tranché est d’avoir, jusqu’à la dernière scène, conservé une totale rupture entre ces deux clans, filmés de façon indépendante. Ce n’est qu’au terme du film que la tragédie les liera brutalement, et probablement éternellement. Cette trouvaille permet au réalisateur de brouiller les cartes et de nous emmener sur un terrain auquel on ne s’attendait pas.

Cette parfaite maîtrise du montage n’empêche malheureusement pas le film de basculer légèrement dans le pathos lors du dénouement. Les deux cadres se superposent habilement en quelques secondes mais avec force musique tire-larmes. Le choix des deux acteurs jouant les figures principales des militants donne également un peu dans le cliché « révolutionnaire bohème ».

Cependant, l’impressionnante prestation de la jeune Yaara Pelzig, tout en retenue et en justesse, supplante nettement son délicat visage d’ange blond très « madone ». Sa cruelle joute verbale avec la riche mariée est sûrement l’une des plus belles scènes du film.

Un film qui ne peut laisser indifférent.

Le Policier de Nadav Lapid avec Yiftach Klein, Yaara Pelzig, Michaël Mushonov, Shaoul Mizrah, Israël, 2012, 107 min. Primé au Jerusalem film Festival, Festival des 3 continents de Nantes, Festival del film Locarno.

En salles, le 28 mars 2012

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Elodie Rustant

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