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Le nouveau film de Philippe Garrel en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs

Le nouveau film de Philippe Garrel en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs

16 avril 2015 | PAR Megane Mahieu

C’est Philippe Garrel qui ouvrira avec  L’Ombre des femmes, son dernier film, la Quinzaine des Réalisateurs lors du prochain festival de Cannes.

L’ombre des femmes met en scène Clotilde Coureau et Stanislas Merahr, nouveaux venus dans l’univers garrelien. Ils y interprètent deux réalisateurs sans le sou en proies à l’infidélité. Le délégué général de la quinzaine Edouard Waintrop, parle « d’un film d’amour et sur l’amour, sur les trahisons, celles qui prennent place dans l’histoire et celles qui nous empoisonnent la vie ». Loin d’un banal marivaudage, L’Ombre des femmes s’annonce comme une ultime variation sur l’amour aux accents dramatiques, sublimé par le noir et blanc caractéristique du réalisateur.

Les films de Philippe Garrel, des Baisers de secours à La Jalousie, s’assimilent à des fragments d’un discours amoureux teintés d’autobiographie.  Le réalisateur a souvent mis en scène sa propre famille (son père Maurice, ses enfants Louis et Esther Garrel, ses compagnes Nico, Brigitte Sy et Caroline Deruas) et sa propre histoire.

Le cinéaste qui a « une caméra à la place du cœur », pour reprendre le joli titre de l’ouvrage que Thomas Lescure lui avait dédié, retrouve la Quinzaine bien longtemps après sa première sélection, c’était en 1969 avec son film Le lit de la Vierge. Espérons que la poésie garrelienne séduira plus qu’en 2008 où La Frontière de l’Aube, en sélection officielle, avait divisé la critique.

La Quinzaine des Réalisateurs aura lieu du 14 au 24 mai ; le Festival de Cannes du 13 au 24 mai.

Visuels : ©SBS Distribution

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Megane Mahieu

2 thoughts on “Le nouveau film de Philippe Garrel en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs”

Commentaire(s)

  • Brigitte Sy vient de réaliser un véritable chef d’oeuvre : L’ASTRAGALE
    De Brigitte SY
    Long métrage en noir et blanc adapté du roman éponyme d’Albertine Sarrazin
    En salles depuis le 8 avril 2015

    « J’ai à mon actif toutes les vacheries, toutes les débauches, mais comment toi n’as-tu pas senti que tout au fond c’était raté, je jouais ma dernière chance sur l’amour. Je veux croire jusqu’au bout  »

    Brigitte Sy a lu tout au plus dix livres dans toute sa vie et elle a dû attendre patiemment plus de quatre ans afin de récolter les fonds pour que son film l’Astragale titre du roman éponyme d’Albertine Sarrazin puisse enfin voir le jour.
    Quand on connaît ne serait-ce qu’un peu la réalisatrice en question, on sait que ses préoccupations les plus immédiates et véritablement nécessaires tournent toutes autour de l’amour et non des chiffres, qu’elles ne se soumettent pas au temps qui ne fait que passer, se consumer vainement mais préfèrent invariablement celui qui dure, oui ce temps des souvenirs auréolés par une mémoire devenue collective puisque partagée, bref c’est ce « sentiment du temps » que la réalisatrice a su fabriquer et offrir aux spectateurs.
    On se dit alors et après coup que les images biseautées dans un noir-et-blanc somptueux ont gagné d’avoir été polies par la pugnacité subtilement conjuguée au lâcher-prise qu’a dû être celui de l’équipe du film soudée dans la même volonté farouche que ce dernier puisse prendre forme ; exister, de la même façon que les comédiens ont laissé Albertine et les siens habiter leur propre corps respectif.
    Leila Bekhti incarne avec superbe Albertine, Albertine, cette pure voyelle – le féminin de voyou ! -, Albertine, cette femme qui a su vivre ses turbulences mais aussi ses tourments dans une singulière et paradoxale douceur au goût étonnant : celle que l’on acquiert une fois et à jamais en se donnant tout entier à l’état brut mais non brutal de ses passions : Julien, Marie, l’écriture et la survie de tous les jours. Et surtout la liberté. Liberté absolue,
    Albertine, dedans, dehors, avec ou sans Julien, avec ou sans Marie, en blonde ou brune, en romantique ou pute vénale et voleuse. Albertine, et son parcours époustouflant, à bout de souffle, à perdre haleine, Albertine, et sa détermination de mener une existence dense, intense, mue par une force que, rien ne saurait arrêter, que rien n’arrête. Albertine très cultivée et qui a le souci de l’autre, ce qui lui permet d’être présente au monde et de l’écrire.
    Qu’elle loue son corps à des hommes qui en sont devenus addictes ou lit du Céline,- Leila-Albertine est charnelle, non sophistiquée, elle est désirable, mais pas aguicheuse, fidèle à son rôle de « jouisseuse cérébrale » dont« la taule est (…) le droit chemin ». Elle n’a pas vingt ans et n’en atteindra pas 30, c’est une fille de l’assistance publique et nous sommes en pleine guerre d’Algérie. Leila Bekkhti, elle, est une petite jeune femme d’allure simple et naturelle, humble et réservée, mais en creux et c’est cela qui est gigantesque, se dessine sans pareille une volonté d’avoir coute que coute prise sur le présent, et mieux encore : de secouer le réel dans les différents essayages humains que lui offre ce dernier.
    Sosie du véritable Julien, Reda Kated est juste, quand il rit ou sourit, quand il gifle – une seule fois dans le film ! – quand il conduit son amoureuse à bord de son vélomoteur, scène mémorable qu’on aimerait durer, durer jusqu’à nous rendre notre propre, notre personnelle, notre infime liberté…Dans le sens où Jean Genet a écrit que ce qui le porte est « cette nuit portative et personnelle ».

    « Dans les yeux de Brigitte Sy »

    Quand on lui demande qu’elle a été la source son inspiration, Leila Bekhti répond sans la moindre hésitation : « les yeux de Brigitte Sy », pas de direction d’acteurs particulière mais le partage émotionnel d’Albertine qui l’habite de la première à la dernière gorgée du commencement du film.
    On aura mal regardé l’Astragale, si peu saisi sa force performative si l’on n’a pas vu surgir du néant la beauté qui s’est réfugiée dans les spirales de la fumée des cigarettes qui s’évanouit dans l’espace, dans la fluidité des mouvements maîtrisés, dans la sensualité des images moirées, dans les séquences elliptiques mais non confuses dont l’élégante subtilité ne laisse pas de place au pathos, dans la lumière savante qui joue avec la mobilité des acteurs, des paysages, et des gros plans ; ces plans de l’affect par excellence.
    Historiquement, Le Cinéma est né en noir et blanc, la patience exigée par l’attente fébrile de la naissance de ce film là n’a rien usé, ni altéré, ni érodé, elle a au contraire fait gagner de la force à l’histoire de l’Astragale en mettant à genoux quatre années devenues épreuves magnifiques afin de mériter l’exigence légitime d’Albertine. Gageure dont Brigitte Sy a su être à la hauteur. Gageure réussie grâce à la réalisatrice qui s’est érigée en héritière rebelle : c’est-à-dire qu’elle a su et préserver et aussi augmenter la richesse factuelle, poétique et historique de l’œuvre de sa protégée en insérant par exemple des références notamment musicales et imagées liées à la guerre d’Algérie, ou aux mœurs saphiques persistantes à l’âge adulte de la protagoniste. Héritière rebelle, certes mais aussi et surtout fidèle, fidèle parce qu’elle ne ferait pas pleurer l’auteure dont elle a mis le livre à l’écran.
    On n’aura pas tout dit si l’on raconte pas que l’histoire dont le film est adapté est vraie et qu’elle est celle d’une jeune femme surdouée, incarcérée, qui s’évade en sautant d’un haut mur de 25 mètres; un mur de prison, se cassant l’os nommé l’astragale et rencontre son sauveteur et bientôt amant chéri, attendu, devenu fil conducteur de toutes les aspirations de la jeune femme dans ses apprentissages de l’amour et de la mort, avec son repris de justice qu’elle ne quittera que tragiquement en restant du côté « du chronomètre » et non derrière, suite à une erreur médicale lors d’une intervention chirurgicale qui lui sera fatale.
    La phalène est un très joli papillon qui ne vit que 24 heures.
    Les scènes sont souvent courtes mais fulgurantes, mues par une espèce de profonde légèreté. Et ce n’est pas seulement le choix du noir et blanc qui nous impressionne – aux deux sens l’un photographique et l’autre émotionnel du terme-, c’est que ce que l’on nomme d’ordinaire : l’image- mouvement, l’image-action et l’image-temps se conjuguent dans un faux désordre temporel avec des contrepoints et dont la forme justement assassine un réalisme qui fréquemment empêche d’ordinaire les films d’entrer dans le 7ième art. L’art, c’est-à-dire la convention, nécessaire à l’originalité, la singularité performative et la magie née d’une alchimie réussie Les gestes intimes mais jamais familiers échangés entre les deux amants, le portrait du milieu interlope d’un Paris dans les années 60, le casting recherché et finement affûté comme la pointe d’un crayon qui vient d’être taillée, la présence de Brigitte Sy elle-même – qui à l’instar d’un d’Hitchcock- tient à apparaître, ici très enlaidie et tenant le rôle d’Irma vieille lesbienne libidineuse et tenancière exigeante d’un bordel spécialisé dans les jeunes prostituées. Et enfin la musique aussi puissante, aussi indispensable, aussi bouleversante que l’histoire d’Albertine et de Julien, sublime le tout

    Métamorphose d’une condamnée à vivre

    Brigitte Sy s’est elle-même métamorphosée. C’est une superbe femme plus belle et charismatique que jamais qui a présenté le vendredi 13 mars dernier L’Astragale en avant-première à l’occasion du Festival de films de femmes de Créteil devant une salle enthousiasmée, aussi comble que conquise.
    La petite histoire, notre histoire : je sortais de ma première incarcération de Fleury-Mérogis quand je la rencontrai pour la première fois, elle venait d’accoucher de son premier long-métrage et avait tout le temps froid, cela je m’en souviens très bien, elle signait alors Les Mains libres mais Albertine ne quittait déjà pas la moindre de ses pensées. La fébrilité a accédé à ce trac délicieux dont, nostalgique, on savoure très longtemps après les effets hélas disparus. Les mains étaient libres, certes, c’est le corps tout entier qui le devient désormais avec L’Astragale, le chef d’œuvre de Brigitte SY. Un miracle, celui d’une condamnée à vivre et à nous fabriquer des films.
    Brigitte Brami
    Écrivaine,
    auteure de
    La Prison ruinée
    (2011, épuisé)
    Miracle de Jean Genet
    Éditions de l’Harmattan (janvier 2015)
    http://www.brigittebrami.com/

    avril 20, 2015 at 6 h 02 min

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