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[Critique] La Jalousie, la tristesse douce de Philippe Garrel

[Critique] La Jalousie, la tristesse douce de Philippe Garrel

22 novembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

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Philippe Garrel filme l’admiration d’une petite fille pour le couple que son père forme avec sa nouvelle amoureuse. Mais l’équilibre parfait est fragile. Un très beau film, à la tristesse apaisée. En salles le 4 décembre.

[rating=4]

Louis, jeune comédien reconnu, vient de quitter Mathilde, la mère de sa fille, pour la belle Claudia. Entre ces trois adultes, la petite Charlotte, vive et espiègle, ne comprend pas tout à fait ce qui se joue. La nouvelle amoureuse de son père est belle, mystérieuse et imprévisible : elle lui apprend à voler une sucette dans un parc, à porter un bonnet de laine trop grand, ou à manger un sandwich pour trois, petits moments de bonheur suspendus… Charlotte ne saisit pas vraiment à quel point sa mère souffre, s’efforçant de faire bonne figure, ni à quel point l’amour peut parfois passer vite. Car Claudia et Louis s’aiment d’un amour vrai et fort, enfermés dans leur petite chambre étouffante. Dehors, c’est autre chose : si Louis a du succès sur scène, Claudia n’a pas joué depuis six ans. A force d’échouer, de louper ses auditions, elle en vient à douter d’elle, et de Louis. Puis, autre mouvement de bascule, lorsqu’un riche architecte s’intéresse à Claudia. C’est au tour de Louis de ressentir une jalousie sourde. On est loin ici de L’Enfer de Claude Chabrol, où la jalousie tenait de la névrose possessive. Chez Garrel, le sentiment est plus diffus, plus trouble. Comme si quelque chose, soudain, s’était abîmé sans retour possible. Avec ce film, Philippe Garrel remonte dans ses souvenirs, exhumant un amour qu’a éprouvé son père Maurice pour une autre femme que sa mère. La petite Charlotte, c’est lui à cet âge. Garrel restitue ici sa première approche, en spectateur, du sentiment amoureux.

L’amour, ce sont des élans, des certitudes trop aveuglantes, des fuites trop brusques. Aux yeux d’un enfant, aux yeux d’un adulte aussi, c’est à la fois merveilleux et incompréhensible. Comme le dit à Louis, dans le film, le vieux professeur ami de Claudia : elle t’aime, autant qu’elle peut aimer…

Un très beau film, de ceux qui restent.

La Jalousie, de Philippe Garrel, France, 2013, 1h17, avec Louis Garrel, Anna Mouglalis, Rebecca Convenant, Olga Milshtein, Esther Garrel. Sortie le 4 décembre 2013.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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