Cinema
Le Grand soir, un Fuck society merveilleusement libre ( en salles le 6 juin )

Le Grand soir, un Fuck society merveilleusement libre ( en salles le 6 juin )

27 mai 2012 | PAR Olivia Leboyer

Après le réjouissant Mammuth, Benoît Delépine et Gustave Kervern livrent une comédie punk révolutionnaire-trash. De la folie douce, triste et joyeuse à la fois, et un Prix du Jury amplement mérité dans la section Un certain regard à Cannes ! Sortie le 6 juin, à ne pas manquer !

Le film s’ouvre au ras de la crête de Benoît Poelvoorde, un punk à chien qui déambule nonchalamment dans une zone de centre commercial. Sur son front, un tatouage proclame à la face du monde son nouveau nom : « Not ». Un refus pur et simple des conventions, du joug de l’emploi, de la normalité. Avant, Not s’appelait Benoît, comme tout le monde. Son frère (Albert Dupontel) s’appelle d’ailleurs Jean-Pierre et il vend des literies. En apparence, c’est un homme résigné, intégré. Mais l’opposition entre les deux frères n’est pas si tranchée. Il suffit d’une goutte de trop, et Jean-Pierre va basculer lui aussi dans le refus de la société de consommation indifférente et bien policée qu’on nous impose si facilement. Odyssée sauvage, d’une folle liberté, Le Grand soir émeut avec force : les deux frangins en plein pétage de plombs sont bien incapables de soulever les foules. Tout au plus peuvent-ils s’aider l’un l’autre. Poelvoorde et Dupontel sont absolument époustouflants, totalement complémentaires, dans le plus beau duo de cinéma depuis bien longtemps ! Ecorchés vifs, paumés, seuls comme des chiens, ils ont encore dans l’œil l’émerveillement de l’enfance. Leurs parents (Brigitte Fontaine, lumineuse et Areski Belkacem, très touchant) tiennent une petite Pataterie sur un parking. Une toute petite vie, mais éclairée par une jolie folie douce : ce qu’ils souhaitent pour leurs deux grands enfants, c’est la liberté, ni plus ni moins. Evidemment, la liberté, sur une zone de centre commercial, c’est tout petit. Not se promène, boit des bières, danse comme un possédé devant une glace sans tain… Il s’économise, aussi, pour tenir. Largué, épuisé, au bord de la crise de nerfs, Jean-Pierre voudrait frapper un grand coup, laisser exploser sa révolte. Filmée au téléphone portable par son ex-patron, cette révolte paraît soudain bien peu de choses… On en rit, comme l’on rit des tentatives désespérées des deux frères pour se faire enfin entendre. Le Grand soir possède une vraie force comique, puissante, énorme. En même temps, le film est beau, très pur, véritable hymne à la liberté. Même si elle n’est qu’un cul de sac, la liberté est encore ce qui fait le plus rêver.

Merci pour ce film superbe, fou et terriblement libre !

Le Grand soir, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, France, 1h32, avec Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem. Sortie le 6 juin 2012.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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