Cinema

Le Centre Pompidou, le Treize et le Luminor font voir pour la première fois le Cinéma de Guillaume Dustan

Le Centre Pompidou, le Treize et le Luminor font voir pour la première fois le Cinéma de Guillaume Dustan

27 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Le sulfureux auteur de Dans ma chambre, Nicolas Pages, et LXiR, Guillaume Dustan (1965-2005) vivait aussi sa vie caméra Sony à la main. Ses 12 films réalisés entre 2000 et 2004 lui ont permis de poursuivre visuellement son travail intellectuel et provocateur d’enquête « autobiopornographique ». Sous forme de cycle rétrospectif organisé par Julien Laugier, Pascaline Morincôme et Olga Rozenblum, ils sont diffusés pour la première fois au Centre Pompidou, au Treize et au Luminor du 29 mai au 30 juin 2019. 

La lumière est drue, l’image est crue, qu’il s’agisse d’un plug anal ou d’une barre d’immeuble, à Ibiza comme à Paris. Les films de Guillaume Dustan sont réalisés selon le dogme warholien du Filmé-Monté. Ils sont intransigeants, braqués sur leur auteur. Ils font entre 10 minutes et 1h30 et parlent sexe, de révolution du genre et  sont résolument documentaires. Qu’il s’agisse de Nietzsche (2002) où depuis sa bouche et sa barbe, l’intellectuel se livre sur la question gay au rédacteur juif de BFM après un grand plan décentré sur lui et sur le pot à crayon ou un road-trip à Ibiza comme Enjoy (2004) où la caméra se ballade sur l’île, le verbe est là très présent, vulgarisant avec urgence des idées foucaldiennes fortes et l’idée qu’il faut tordre le cou à la famille, à l’hétéronormalité, qu’il faut conspuer la gauche si elle est puritaine et conservatrice, que ce qui est sexy, sexuel, nouveau dans les usages du corps, du jouir, du plaisir est le principal.

Dans des films plus courts, plus concentrés, l’auteur filme avec sa sony sa vie : la fin de sa dépression en mode brouillard avec une performance de Christophe Chemin dans montre † lèvres (2004) ou son corps nu en expérimentation, dans un film tout à coup silencieux et très physique, Pop Live (2000). Tout commence sur les couteau dans l’évier de la cuisine, filme parfois de manière presque « industrielle » la  façade un peu triste de l’immeuble et finit dans la pénombre par une masturbation enrobée assez dérangeante.

C’est peut être un peu démodé mais l’on se rend compte combien en 15 ans, les choses ont  finalement  peut-être peu évolué malgré le mariage gay. Le potentiel sulfureux et provocateur est toujours là, même si plus personne ne se concentre tout à fait autant sur le verbe et les idées. C’est pour cela que la découverte tardive de ces films sera probablement très intéressante, cadrées et expliqués par des intellectuels comme Philippe Joanny, Tim Madesclaire ou Thomas Clerc qui sauront traduire ses films urgents, exigeants et difficiles à voir pour notre temps. 

Line up: 

Pop Life, 2000
Songs in the key of moi, 2000
film perdu, sans titre, 2000
Nous (love no end), 2000
Enjoy (back to Ibiza), 2001
Pietà, 2001
Nous 2, 2002
Squat, 2002
Poubelle, 2002
Nietzsche, 2002
Autrechose, 2002
Ratés, 2003
montre † lèvres, 2004

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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