Cinema

L’armée du crime, des héros (presque) ordinaires

14 septembre 2009 | PAR Pauline

Un film historique retrace le parcours des 23 résistants de « l’armée du crime » sans pathos.

A l’origine du film : l’affiche rouge. Immortalisée par Aragon et Léo Ferré, l’histoire de ces résistants hors du commun est désormais connue par tous.

Les vingt-et-trois de l’affiche rouge sont les vingt-et-trois membres du groupe Manouchian : Juifs, Hongrois, Polonais, Espagnols, Italiens, Roumains et Arméniens qui se battent pour libérer la France de l’occupation allemande. Alors que la fin de la guerre approche, les résistants se laissent aller à des actions de plus en plus violentes tandis quel-armee-du-crime-2009-16792-2034088530 la répression prend de l’ampleur. L’affiche rouge, placardée sur les murs de Paris à leur arrestation, présente alors cette « armée du crime » comme une association de brutes sanguinaires, ennemies de cette France qu’ils ont pourtant défendue avec tant d’ardeur.

De ces 23 résistants, Guédiguian n’en suit de près qu’une poignée ; de la constitution du groupe à leur exécution au Mont Valérien le 21 février 1944, le parcours de ces résistants singuliers est rapporté avec sobriété. Pas de pathos nécessaire puisque avant de voir le film, l’on connait la fin.

Il aurait été facile d’en faire un film larmoyant, avec un mélange de patriotisme, d ‘héroïsme et d’amour. Mais Guédiguian préfére filmer des personnages ordinaires, réfugiés en France par les hasards du destin et qui deviennent des héros presque malgré-eux, parce qu’ils n’ont pas d’autre choix qui se présente à eux, parce qu’en fin de compte c’est peut-être bien ce qu’ils doivent à la France qui les a accueillis malgré tout.

Le film tient alors par la justesse de jeu d’acteurs remarquables. En priorité Simon Abkarian qui interprète un Missak Manouchian touchant de sincérité aux prises avec ce qu’il appelle « l’éthique », ses convictions et les sacrifices qu’il est prêt à faire, ou pas. Grégoire Leprince-Ringuet et Robinson Stévenin réussissent à faire revivre la jeunesse, la conscience politique, l’insouciance bref le courage mêlé de folie de jeunes héros qui n’auraient pas à rougir des comparaisons avec un certain Guy Môquet et ses lettres… Lola Naymark incarne avec justesse les ambigüités de son personnage : naïveté ou individualisme, impossible de trancher. Quant à Jean-Pierre Darroussin, caricatural dans son rôle de petit flic raté qui profite de la collaboration pour monter en grade, il est tout simplement jouissif en collabo zélé et arriviste.
Il serait évidemment trop long de passer en revue tous les acteurs de cette tragédie historique, mais il est sûr que tous parviennent à faire revivre des héros, stigmatisés pour leur origine et qui sont aujourd’hui portés aux nues.

Un film touchant mais pas trop, qui met en lumière les aspects parfois un peu trop mis de côté de notre histoire.

L’armée du crime, de Robert Guédiguian avec Simon Abkarian, en salles le 16 septembre.

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
affiche-rouge

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Aragon

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Pauline

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