Cinema
La Source des femmes, une fable humaniste gnangnan sauvée par la grâce de ses actrices

La Source des femmes, une fable humaniste gnangnan sauvée par la grâce de ses actrices

02 novembre 2011 | PAR Vincent Brunelin

Entre drame et comédie, Radu Mihaileanu signe un nouveau conte moderne, hommage appuyé au beau sexe et à la cause féministe arabe. Parasité par les bons sentiments et les faiblesses du récit, le film ne vaut que pour la performance lumineuse des comédiennes, toutes générations confondues. Sortie le 2 novembre.

Synopsis : Cela se passe de nos jours dans un petit village, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les femmes vont chercher l’eau à la source, en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, et ce depuis la nuit des temps. Leila, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l’amour : plus de câlins, plus de sexe tant que les hommes n’apportent pas l’eau au village…

Depuis ses premiers pas en tant que réalisateur, avec Train de Vie notamment, en passant par le multi récompensé Va, vis et deviens et son dernier succès en date Le Concert, Radu Mihaileanu n’a de cesse de creuser un sillon cinématographique empreint d’humanisme et de tolérance, mettant en scène le tragique du destin juif à travers le prisme du conte, de la fantaisie et de l’humour. Avec La Source des femmes, librement inspiré d’un fait divers qui eut lieu en Turquie en 2001 mais aussi de la comédie antique Lysistrata d’Aristophane, le cinéaste change de contexte socio-culturel en prenant toujours le parti de la fable universelle.

Si ses intentions sont louables et ses convictions profondes à n’en point douter, les seuls bons sentiments ne font pas forcément – voire rarement – un bon film. Le réalisateur fait preuve d’une fâcheuse tendance à tout vouloir édulcorer ou magnifier à outrance : des dialogues lourdement didactiques, aux plans rapprochés sublimant la beauté des visages féminins, ainsi que les relations entre les personnages dépeintes avec une naïveté confondante, à l’image de cet imam opposé au combat de Leila et pourtant immédiatement attendri par son discours lors de leur confrontation.

Entre le rire et les larmes, entre le drame et la comédie, Radu Mihaileanu peine à trouver le juste équilibre, et, pourtant rompu à ce type d’exercice scénaristique, semble ne plus savoir sur quel pied danser. À vouloir traiter trop de problématiques à la fois (le poids des traditions, la religion, l’eau, le manque de communication, l’accès à l’éducation et l’égalité entre hommes et femmes d’une manière générale…), il ne le fait qu’en surface et en perd le fil d’un récit paradoxalement dénué de surprises. Au final, cette narration linéaire ajoutée à la caractérisation grossière privent le spectateur de toute émotion et d’une empathie à priori évidente compte tenu du sujet.

Restent les actrices, convaincues et convaincantes, qui illuminent le film par leur présence rayonnante. Radieuse Leïla Bekhti, charmante Hafsia Herzi, espiègle Sabrina Ouazani, gouailleuse Biyouna, elles sont la touche de légèreté dans cet ensemble bien pataud. Elles et la jolie bande-son d’Armand Amar, rythmée par les danses et les chants envoûtants de ces femmes.

 

La Source des femmes, de Radu Mihaileanu, avec Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Biyouna
France, 2h04, Comédie dramatique
Sortie le 2 novembre 2011

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Vincent Brunelin

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