Cinema

L’Heure du crime, suspense et vacillements

11 août 2010 | PAR Olivia Leboyer

Le titre original, La Doppia Ora (L’Heure double), nettement plus évocateur que L’Heure du crime, convient mieux à ce film insolite et ludique. L’heure double, 14h14, ou 23h23, constituerait un moment vacillant, où l’on peut, paraît-il, risquer un vœu. Le thème du double et de la duplicité est au cœur d’un scénario très habilement construit, et dont on ne dévoilera rien de précis ici…

A la fin d’une déprimante séance de speed dating, Sonia (Kseniya Rappoport), jeune femme de chambre plutôt effacée, rencontre Guido (Filippo Timi, Mussolini dans le récent Vincere), ancien flic devenu gardien de villa. Tous deux sont mutiques, empruntés. Timidement, quelque chose s’esquisse entre eux. Pour impressionner la jeune femme, un jour, Guido coupe le système d’alarme de la villa, le temps d’une courte balade dans le grand parc. A partir de cet instant, les choses, et le film, basculent.
On ne racontera rien de plus. Il faut vraiment aller voir ce thriller magnétique, captivant, qui distille une atmosphère trouble, presque délétère. Sans cesse, le spectateur est déstabilisé, conduit à douter de ce qu’il comprend. Qui sont exactement les personnages ? Que révèle leur malaise ? Que s’est-il réellement passé dans la villa ?
Le film progresse à un rythme très prenant, sorte de polar fantastique vraiment flippant, alternant scènes quotidiennes émouvantes et crescendo hyper angoissant. Les couloirs de l’hôtel où travaille Sonia, la piscine, les tunnels sombres pour rentrer chez soi, la baignoire, autant de lieux anxiogènes en diable qui agissent fortement sur notre imaginaire. On pense évidemment à Hitchcock, et tout particulièrement à Vertigo (Sueurs froides, 1958, avec James Stewart et Kim Novak). La principale différence avec Hitchcock tient à l’absence revendiquée, ici, d’esthétisme et de glamour. Sonia n’a pas l’évidente beauté de Kim Novak, et les décors sont tous glauques à souhait. Cette Doppia Ora se déplie de vertige en vertige, en une spirale parfaitement maîtrisée. Car le scénario ne s’enfonce pas dans des méandres indéfinis, mais répond, au final, à une vraie logique. Il y a quelque chose de véritablement ludique dans la construction du récit.
Mais, plus encore, que le suspense policier, c’est l’incertitude qui s’instaure entre les personnages que Giuseppe Capotondi (ancien réalisateur de clips, mais qui évite ici tout maniérisme) parvient à faire sentir. La tension entre ce qui doit arriver et ce qui pourrait bien arriver devient, dès lors, palpable. Les événements sont-ils inéluctables ? Une personne peut-elle changer ? Ces simples interrogations gouvernent une histoire d’autant plus fascinante qu’elle n’est pas encore bouclée. Le tout dernier plan est magnifique, qui clôt une intrigue extrêmement bien menée. La fin prononcée, toutefois, le vertige n’est pas entièrement dissipé, laissant une curieuse impression de regret.


L’HEURE DU CRIME : BANDE-ANNONCE VOST (La doppia ora)
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L’Heure du crime(La Doppia Ora), de Giuseppe Capotondi, avec Kseniya Rappoport, Filippo Timi, Giorgio Colangeli, Italie, 1h35, sortie le 4 août.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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