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L’exercice de l’Etat, enfin un film politique réussi !

L’exercice de l’Etat, enfin un film politique réussi !

01 septembre 2011 | PAR Olivia Leboyer

Après Versailles (très beau film, l’un des derniers de Guillaume Depardieu), Pierre Schoeller s’essaie avec brio au film politique, genre particulièrement difficile. Au Festival d’Angoulême, il a reçu le prix du meilleur réalisateur (le film était également présenté à Cannes à Un certain regard). Intelligent, nerveux, très prenant, L’exercice de l’Etat est une vraie réussite. Sortie le 26 octobre 2011.

Comme le titre l’indique, L’exercice de l’Etat est un film sur le pouvoir, dans son ambivalence : les élites politiques qui nous représentent endossent une charge, une fonction et, dans le même temps, ne peuvent ni ne veulent échapper à cette part d’incarnation qui est bien souvent une part d’ombre.
Ce questionnement sur l’existence des élites et sur leur impossible proximité avec le peuple, Pierre Schoeller le met en scène d’une manière tout sauf didactique. L’exercice de l’Etat est un film vivant, nerveux, qui nous plonge dans le quotidien d’un ministre des Transports (Olivier Gourmet) aux prises avec une catastrophe routière.
On sait depuis plusieurs années, grâce aux frères Dardenne (qui produisent d’ailleurs ce film) qu’Olivier Gourmet est un acteur exceptionnel : ici, il incarne à merveille ce ministre à fleur de peau, tantôt arrogant, tantôt humain, tantôt répugnant, tantôt surprenant… La composition d’Olivier Gourmet est constamment juste. Face à lui, un acteur encore inconnu nous bouleverse littéralement : Sylvain Deblé, dans le rôle d’un chômeur longue durée employé pour un mois comme chauffeur du ministre, s’impose d’entrée de jeu, discret et magnétique.
Quant à Michel Blanc, il est plus que parfait dans le rôle délicat du Haut fonctionnaire perfectionniste et méticuleux, indispensable au Ministre. La scène où il échange ses conceptions du métier politique avec un vieux camarade de promo un peu désenchanté et sur le point de passer dans le privé (Didier Bezace, une seule scène, mais une des meilleures !), est extrêmement réussie.
L’exercice de l’Etat dit des choses d’une pertinence rare sur la réalité du pouvoir et sur les fantasmes qu’il suscite. Jamais le film Pierre Schoeller ne tombe dans l’exercice de style figé : le film est sans cesse en mouvement, prenant, haletant, à l’image de cet animal politique increvable incarné par Olivier Gourmet. La distance entre l’univers politique et le social est montrée de manière frappante, glaçante, sans que le scénario bascule jamais dans les clichés. Sur une ligne fragile, ténue, Pierre Schoeller construit un film en équilibre, qui provoque la réflexion et l’émotion. A voir absolument !

L’exercice de l’Etat, de Pierre Schoeller, France, 1h52, avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman, Laurent Stocker, Sylvain Deblé, Didier Bezace. Sortie le 26 octobre 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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