Cinema

Kommunalka de Françoise Huguier : une digne et tragique expérience humaine

01 novembre 2010 | PAR Coline Crance

Françoise Huguier est une photographe, grande voyageuse qui a toujours allié sa photographie à l’univers du cinéma. Elle a notamment réalisé des making off de plateau , ou affiches pour deux films de Claire Denis , Vendredi Soir et Trouble every day et travaillé avec Noémie Lvovsky et Raoul Peck .. Dans ce documentaire Kommunalka , elle pose un regard triste et tendre sur la Russie d’aujourd’hui , ces petites gens des appartements communautaires avec qui elle a elle-même partagé l’existence quelques mois … Un beau film, une vraie complainte russe , tableau authentique de ces gens aux destins brisés , héros romanesque d’aujourd’hui… Le Dvd sort le 2 Novembre aux éditions du Montparnasse.

Kommunalka est un voyage à Saint Pétersbourg dans l’existence des habitants des appartements communautaires, vestiges de l’époque soviétique. Tableau triste sur la Russie, elle révèle l’état de ce pays à travers trois générations. Françoise Huguier ne porte jamais un regard voyeur sur la vie de ces gens. Chacun dans leurs petites chambres sous une lumières blanche et tamisée, ils livrent eux-mêmes dans une grande simplicité leurs attentes ou plutôt leur désespoir, leur triste résignation d’un sort qu’ils avait pourtant toujours espéré éviter. Regard vers le passé , parfois chez certains, nostalgie de l’époque soviétique , c’est avant tout le scellement de leur destin, l’impossibilité de partir qui a construit cette lente et longue résignation de vivre ensemble malgré tout. Tour à tour , ils expriment leur rêve , leur désarroi ou leur histoire qui les a conduit à cette paupérisation. Les plus âgés essayent de prendre soin des plus jeunes et de garder un semblant d’harmonie à l’intérieur de la Kommunalka.

Venus des quatre coins de la Russie , ils ont chacun leurs souvenirs ; mais au centre de ce triste appartement, se tient Natacha 26 ans. Françoise Huguier a réussi à capter en elle une beauté et une dignité qui fait comprendre au spectateur la nécessité de faire de ces rencontres un film. Yeux de chat , belle et triste , Natacha parle de sa vie comme si elle frôlait déjà la mort. A elle seule , elle incarne cette complainte infinie qui se crée dans ce film. Elle raconte les rêves de ses vingt ans, son travail à la compagnie de chemin de fer, son envie de passer des diplômes et de faire carrière ; mais la crise économique a tout emporté : sa jeunesse et son espoir. Elle erre donc a moitié dénudée dans cette Kommunalka obligée pour survivre de faire des numéros très érotiques dans des bars qu’elle reproduit dans sa chambre, pour passer le temps ou emportée dans les effluves de l’alcool. Le spectateur gardera en mémoire longtemps ces couloirs vides, ces petites chambres et ce long silence fruit de cette terrible résignation qui semble être la réelle colocataire de tous ces habitants.

Tragique, authentique , ce film est une expérience humaine débordante d’amour et de tendresse, d’une grande dignité !

Accentus au pays de Rachmaninoff.
Le mois de Novembre au Forum des Images : Abdellatif Kechiche, Volker Koepp , Festival Chéries-Chéris
Coline Crance

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