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Justine Leveque : « Pour les dix ans du Champs-Élysées Film Festival, il était nécessaire de célébrer à nouveau le cinéma et la culture ‘en vrai' »

Justine Leveque : « Pour les dix ans du Champs-Élysées Film Festival, il était nécessaire de célébrer à nouveau le cinéma et la culture ‘en vrai' »

14 septembre 2021 | PAR Yaël Hirsch

Du 14 au 21 septembre, le Champs-Élysées Film Festival anime notre heure d’automne et célèbre 10 ans d’indépendance(s)! Avec deux films que nous avons adorés en ouverture et en clôture, Les Intranquilles de Joachim Lafosse et Rien à foutre de Julie Lecoustre et Emmanuel Marre, des compétitions française et américaine ainsi qu’une programmation musicale canon (Yaël Naïm, Kiddy Smile, Sônge, Clea Vincent…),  il va animer richement notre semaine. Justine Leveque, la directrice artistique, nous en dit plus !

10 ans c’est un bel âge pour un festival ? Quelles sont vos envies pour les dix prochaines années ?

Déjà 10 ans, quelle folie ! Il se dit communément qu’il faut atteindre le 5e anniversaire pour intégrer le paysage culturel d’une ville et 15 ans pour une reconnaissance nationale. Nous sommes dans cet entre-deux et c’est effectivement un très bel âge. Cette année, nous avons fait le choix de décaler exceptionnellement cette édition du 14 au 21 septembre 2021 avec un objectif majeur à l’esprit : que cet anniversaire ait lieu physiquement ! Il était absolument nécessaire d’imaginer célébrer à nouveau le cinéma et la culture « en vrai ». Septembre à Paris, le retour des congés d’été, l’été indien… avoir un évènement festif, solaire, jovial, estival, c’est tout ce que je nous souhaite. Il me semble que nous avons besoin, plus que jamais, de rêver alors nous ferons notre maximum pour rendre ce rêve possible et cette édition magique et lumineuse ! Et pour les 10 prochaines années… je rêve que le rêve continue ! L’un de mes rêves serait notamment que nos jurys et notre programmation musicale puissent être franco-américains ! À suivre.

Le festival d’habitude attendu en juin a lieu cette année en septembre. Qu’est-ce que cela change ? Y a-t-il une mini concurrence avec Deauville ? Quand est prévue la partie américaine du festival ?

Le contexte dans lequel a été pensée cette dixième édition nous a insufflé une énergie nouvelle et nous a incité à nous réinventer ! C’est une année vraiment particulière avec de nombreux évènements qui se sont décalés sur la même période… et sans compter évidemment les festivals qui se déroulent habituellement à cette période. Pour vous donner un exemple purement pratique, Champs-Élysées en septembre, c’est des risques de pluies au quotidien et la nuit qui tombe à 19h30 (contre 22h en juin)… et donc le Rooftop du festival ne se pense pas de la même manière, forcément. Pour ce qui est de Deauville, nous n’avons pas exactement la même ligne éditoriale et nos sélections en compétition sont très différentes. Nous avons un invité en commun cette année qui est le merveilleux Jim Cummings et Down with the King, qui vient de recevoir le Grand Prix chez eux, est présenté chez nous dans le cadre de la Carte Blanche de l’Acid.

Votre jury est merveilleux. Pouvez-vous en parler ?

Rage de vivre et résistance pourraient être une description du cinéma indépendant, celui que nous défendons, tous genres confondus au sein des sélections, avec pour mots d’ordre authenticité et liberté. Présidé par l’auteur, scénariste et réalisateur Thomas Lilti – dont le parcours artistique est jalonné de cette ferveur et de cette intégrité au point de revêtir de nouveau sa blouse de médecin en pleine crise sanitaire – le jury longs métrages de Champs-Élysées Film Festival est composé de l’actrice et photographe Agathe Rousselle, de la musicienne et auteure-compositrice Yael Naim, du réalisateur et dessinateur de presse Aurel et de l’auteur, réalisateur et scénariste Élie Wajeman. Des personnalités authentiques dont les univers éclectiques et la singularité des regards seront un atout, une vitalité même, pour accompagner et soutenir les longs métrages français et américains sélectionnés en compétitions officielles. Les membres du jury visionneront les 16 longs métrages (8 longs métrages français et 8 longs métrages américains) sélectionnés et remettront les quatre prix du jury : les deux prix du meilleur film chacun doté de 11 000€ pour l’aide à la distribution et à la sortie en salles remis aux distributeurs, et les deux prix du meilleur réalisateur.trice chacun doté de 2 500€ et remis au réalisateur.trice. Le jury récompensera quatre longs métrages cette année.

Qui sont les deux figures à l’honneur, très engagées et indépendantes, la riot girl Susan Seidelman et le réalisateur texan Jimmy Cumming?

Pour incarner la section Riot Girls, nous avons l’honneur d’accueillir Susan Seidelman, qui présentera le très beau Smithereens, notamment connu pour être le premier long métrage américain indépendant sélectionné en compétition officielle à Cannes en 1982. Avec ce premier film lo-fi, Susan Seidelman dresse un vibrant portrait de femme et devient l’une des figures phares du cinéma underground new-yorkais des années 1980. En ce qui concerne Jim Cummings, il a été découvert en France en 2016 grâce au festival et nous n’avons jamais cessé de suivre son travail. C’est un honneur de l’accueillir dans le cadre de notre section spéciale dédiée aux 10 ans du festival et de présenter son nouveau film The Beta Test en avant-première. Une sélection de courts métrages qu’il a réalisée ou produite sera également présentée et sera suivie d’une conversation avec le cinéaste. Ne le loupez surtout pas ! La musique et notamment sur scène est toujours centrale dans le festival, comment est pensée la programmation ? La programmation musicale a vu le jour en 2017 et met depuis à l’honneur la nouvelle scène indépendante française. C’est à la fois né d’une passion, pour ma part, pour la musique et d’une volonté de développer tant l’évènementiel que la mise en avant de nouveaux artistes. De plus, musique et cinéma se veulent indissociables depuis toujours, le cinéma était d’ailleurs musical avant même d’être parlant. C’est apparu, au final, comme une évidence. Cette année, Cléa Vincent, Songe et Silly Boy Blue reviendront pour célébrer avec nous notre 10e anniversaire et préparent des DJ set festifs & dansants ! Paloma Colombe, merveilleuse découverte de cette année, prépare un DJ set dédié aux Riot Girls et fera l’ouverture du rooftop le samedi 18/09. Enfin, deux membres de nos jurys, Yael Naim et Kiddy Smile se produiront sur scène pour notre plus grand bonheur.

L’on découvre plein de jeunes talents au Champs-Élysées Festival, pouvez-vous nous parler de certain.es comme Alexandra Pianellid ou Frankie Wallach ?

En effet, dédié à la découverte de nouveaux talents, le festival se veut être une passerelle entre les cinématographies françaises et américaines ainsi qu’une plateforme de rencontres de la jeune création et de l’indépendance. Nous avons découvert Alexandra Pianelli l’année dernière et nous avons sélectionné son merveilleux long métrage documentaire Le Kiosque, en compétition officielle. Il remporta le Prix du jury ce qui lui permit de trouver un distributeur. Il sortira sur nos écrans en octobre 2021. Alexandra nous fait le plaisir de revenir cette année au sein du jury court métrage. Frankie Wallach est l’une des révélations de cette 10e édition. Son premier long métrage Trop d’Amour est en compétition française. Il s’agit cette d’année d’une sélection de huit longs métrages français présentés en première parisienne ou nationale parmi lesquels cinq premiers longs métrages, cinq réalisatrices qui emportent cette compétition au paroxysme de sa sensibilité et trois documentaires qui, tout en explorant des sujets éloignés, nous amènent à regarder l’autre différemment et l’aimer toujours plus. Et c’est effectivement d’amour dont il est unanimement question au sein de cette compétition. Un panorama de regards portés sur notre société, l’indépendance célébrée avec douceur et bienveillance.

Comment fonctionne le partenariat avec l’Acid?

Pour cette 10e édition anniversaire, célébrant toujours davantage l’indépendance et la découverte de nouveaux talents, c’est un honneur et une joie d’accueillir l’ACID parmi nos partenaires officiels. La Carte Blanche de l’ACID mettra en lumière trois des neuf longs métrages présentés cette année en première mondiale à Cannes : Soy libre de Laure Portier, Down with the King de Diego Ongaro, I comete de Pascal Tagnati. Ils seront présentés en avant-première parisienne par les équipes de films et l’équipe de l’ACID.

En dix ans, quels sont les films indépendants que vous avez fait découvrir aux publics américains et français et dont vous êtes les plus fiers ?

Nous avons eu tellement de coups de cœur et de révélations des deux côtés de l’Atlantique ! Il serait peut-être plus aisé de vous mentionner certains noms de réalisateur.trice.s dont nous avons été les premiers à présenter le travail en France tels que, côté US, Joséphine Decker, Jim Cummings, Dash Shaw, Theo Anthony ou d’avoir accueilli la première rétrospective en France de Alex Ross Perry, Debra Granik, celle des frères Zellner ou de Josh & Benny Safdie.

visuel : Justine Leveque (c) Dao Bacon et affiche du festival (c) CEFF

L’agenda classique et lyrique de la semaine du 14 septembre 2021
42e Festival d’Ambronay « Nouvelles Suites », premier week-end #1
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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