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Jolies Querelles sur les sentes iraniennes ( en salles le 25 avril )

Jolies Querelles sur les sentes iraniennes ( en salles le 25 avril )

25 avril 2012 | PAR Emma Letellier

Premier long métrage du réalisateur Morteza Farshbaf, sélectionné à plusieurs reprises dans les festivals de l’année 2011, Querelles nous entraîne dans une superbe équipée à travers la campagne iranienne et de déroutants paysages intérieurs. Un couple de quadragénaires sourds et muets, Sharareh et Kamran, tente de reconduire à Téhéran leur jeune neveu Arshia que ses parents ont laissé derrière eux.

En forme de road-movie, le film Querelles déroule sa trame narrative au fil des méandres escarpés des petites routes iraniennes. L’histoire se nourrit des détours, des chaos et des nids de poules de ces mauvais chemins de terre aussi bien que des somptueux paysages qui défilent derrière les vitres. Scandée par les escales derrière un arbre, les tunnels creusés dans la pénombre des montagnes, les pannes successives, l’épopée de ce couple et de cet enfant est celle d’une rencontre entre des inconnus qui ne semblent pas se comprendre. De manière très paradoxale, alors qu’ils sont confinés dans l’habitacle étriqué d’une voiture, le spectateur et les trois personnages se heurtent aux limites de la communication.

En travaillant sur le voyage et la traversée des paysages, Morteza Farshbaf propose ainsi une réflexion sur le dialogue, littéralement « traversée de la parole ». La pudeur, le sentiment d’être étranger, la nouveauté, les apriori mais aussi la langue des signes sont autant de frontières que leurs échanges peinent à surmonter.  De fait, en intitulant son film « Querelles »  pour la version française et non « Deuil » (le titre original est « Mourning » ), Morteza Farshbaf interroge d’emblée les notions d’écoute et de compréhension, cherchant à mettre en scène les limites auxquelles la communication peut se trouver confrontée, même dans notre monde moderne.

Aussi le choix du réalisateur de tourner avec deux acteurs non–professionnels et un enfant qui n’a pas lu le scénario, nourrit-il sa démarche. Avec Querelles, Morteza Farshbaf s’efforce d’identifier ce qui empêche une parole authentique et une écoute sincère. Le film tout entier semble construit sur la base de cette simplicité, si difficile à obtenir devant une caméra et dans le monde moderne qui médiatise tant les relations humaines. L’intrigue, le nombre de personnages, l’espace, la temporalité ainsi que l’univers sonore sont réduits à leur strict minimum : un voyage à trois dans une voiture avec le bruits et les accidents que cela comporte.

Querelles s’avère donc l’occasion d’une surprenante rencontre avec des personnages qui se dévoilent peu à peu, dans un cadre encore méconnu de l’Europe occidentale et auxquels le spectateur continue de rêver, une fois le dernier le train passé.

Crédit photographique – « Querelles » Morteza Farshbaf – KMBO

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Emma Letellier

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