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[Interview] Rencontre avec Antoine Schneider, fondateur de Movies Angels

[Interview] Rencontre avec Antoine Schneider, fondateur de Movies Angels

13 juillet 2015 | PAR Yaël Hirsch

Depuis le 15 juin 2015, Movies Angels offre au cinéma indépendant une nouvelle source privée de financement des films. Sélectionnés par un comité prestigieux, les trois premières œuvres à faire appel à un public de co-producteurs ont ouvert leurs souscriptions avec un ticket d’entrée qui limite la « love-money » et assure l’investissement : 500 euros. Notre rencontre avec  Antoine Schneider, fondateur du projet, a été l’occasion de revenir sur les conditions de production d’un film en France et sur ce qui est en train de changer….

1. Comment êtes-vous arrivé au projet Movie Angels?
C’est mon expérience dans le domaine de la finance qui m’a permis de tirer les leçons qui mènent à ce projet. Ma première expérience professionnelle était chez COFILOISIRS, un établissement de crédit spécialisé dans le secteur du cinéma. Puis j’ai travaillé dans la gestion de SOFICA, des fonds d’investissement créés par la loi du 11 juillet 1985 pour permettre d’attirer des capitaux privés dans le secteur du cinéma grâce à des avantages fiscaux. C’est le CNC qui décide des enveloppes à attribuer aux SOFICA, qui participent au financement de nombreux films. Pendant 5 ans, j’étais aux côtés de Hugues de Chastellux, qui a 25 ans d’expérience dans le métier et fait partie aujourd’hui du comité de sélection de Movies Angels. Après je suis devenu directeur juridique et financier de la société de distribution Ad Vitam (qui vient de fêter ses 15 ans) et en parallèle j’ai commencé à développer le projet de Movies Angels. J’ai une foi profonde dans le crowdfunding. Car on ne passe plus par les fonds ou les institutions, ce sont les gens qui décident directement des projets dans lesquels ils veulent investir.

2. Cela n’existe pas déjà, du crowdfunding pour le cinéma?
Si bien sûr, mais jusqu’à présent, dans le domaine du cinéma, ce qui existe en crowdfunding fonctionne principalement sur le mode du don. C’est à dire de petites sommes pour produire essentiellement soit des formats courts, soit des documentaires autour d’une cause. Pour produire un long métrage professionnel de fiction, le budget est bien plus élevé.

Il y a eu quelques cas de mobilisations de communautés de fans autour d’une fiction, comme l’adaptation en 2007 de la série Veronica Mars à l’écran. Les fans ont envoyé des dons, ce qui a poussé Warner, d’abord réticent, à faire le film d’après la série. L’autre exemple de succès est l’adaptation de Noob! en film via une campagne sur ullule. Mais c’est après des années de post de vidéos gratuites et drôles que le projet a pu mobiliser une telle communauté !

Il y a aussi eu le site www.peopleforcinema.com qui était le premier à proposer un intéressement financier aux donateurs en fonction du succès des films. Mais ils intervenaient au moment de la distribution, à partir de films déjà finis et de matériel de communication déjà constitué. A ce stade les distributeurs sentent si le film va marcher ou non. Ils ont eu tendance à mettre sur le site des films avec des seuils de rentabilité élevés pour partager les risques avec les particuliers. Si le principe était attractif au début, dans ces conditions, l’intérêt du public a vite décliné…


3. En quoi Movies Angels propose-t-il alors quelque chose de nouveau?

Nous venons d’abord répondre à un vrai besoin : l’investissement dans l’industrie du cinéma était de 1.4 milliards en 2011, il est passé à 950 millions en 2014, soit moins 1/3. Cela veut donc dire qu’il y a de nombreux films – notamment des films indépendants – qui ne peuvent pas se faire. Nous répondons aux besoins des producteurs en leur proposant une source de financement nouvelle, dans le cadre de l’ordonnance sur la finance participative entrée en vigueur le 1er octobre 2014. Cette source est complètement indépendante, elle fait appel à des investisseurs particuliers qui ont une sensibilité pour le cinéma. Nous nous assurons que les contrats entre producteurs et investisseurs sont corrects et transparents. Et ce sont les particuliers qui choisissent eux-mêmes les projets de films dans lesquels ils investissent. Ils sont pleinement co-producteurs du film avec tous les avantages que cela comporte : connaissance du scénario (moyennant une clause de confidentialité), participation aux grands moments de la vie du film etc… Notre modèle économique fondé sur l’équité et la transparence fait que si par exemple les fonds obtenus par Movies Angels correspondent à 30 % du budget du film, les investisseurs sur la plateforme se répartiront 30 % des recettes. Si certains sites de crowdfunding proposaient une participation reposant sur l’affectif avec, cerise sur le gâteau, un peu de rentabilité, Movies Angels propose d’abord de la rentabilité avec, cerise sur le gâteau, de l’affectif.

Pour le premier appel à financement sur le site, 100 projets on été soumis au comité. Nous en avons retenu 3. Corporate, dont je vous parlais, porté par Kazak Production dont le tournage devrait avoir lieu à la fin de l’année, avec un budget de 2.4 millions d’euros, qui devrait pas mal tourner dans les festivals et pour lequel le seuil de rentabilité est bas, à 150 000 entrées. Grand Froid de Gérard Pautonnier, qui s’est fait remarquer par plusieurs courts (notamment L’étourdissement) et dont c’est le premier long. Il s’agit d’une comédie sur une entreprise de pompes funèbre qui va mal, dans un froid polaire avec notamment Arthur Dupont, Olivier Gourmet et Jean-Pierre Bacri. Il est produit par Elzévir films, avec un budget de 4 millions et un tournage cet hiver. Et enfin, le nouveau film de Gregg Araki, Creeps, qui part de l’horreur avec des insectes qui entrent dans l’oreille des gens mais ces gens étant les jeunes californiens chers au réalisateur. La production est faite par Incognito Films, le budget et 4 millions et le tournage prévu pour novembre.

4. Quels sont les films sélectionnes, selon quels critères et quelle temporalité?
Nous avons pour vocation d’accélérer le financement de films indépendants. On parle ici de films dont les budgets vont de 1 à 4 millions d’euros. Les collectes sur le site se font dans un temps assez court (environ 2 mois), et nous intervenons en amont dans la production du film : une fois la phase de développement achevée (scénario prêt à tourner), au tout début de la phase de montage financier. Par exemple sur la co-production du film Corporate avec Céline Sallette, fiction très attendue sur le thème du suicide en entreprise, nous avons été les premiers à dire « oui ».
Nos deux principaux critères de sélection sont : le potentiel de rentabilité et la qualité artistique.
Pour le premier appel à financement sur le site, 100 projets on été soumis au comité. Nous en avons retenu 3. Corporate, dont je vous parlais, porté par Kazak Production. Le tournage est prévu pour la fin de l’année, le budget est de 2.4 millions d’euros et le seuil de rentabilité est à 150 000 entrées. Grand Froid un premier long-métrage de Gérard Pautonnier, qui s’est fait remarquer par plusieurs courts (notamment L’étourdissement) et dont c’est le premier long. Il s’agit d’une comédie sur une entreprise de pompes funèbres qui va mal, dans un froid polaire avec notamment Arthur Dupont, Olivier Gourmet et Jean-Pierre Bacri. Il est produit par Elzévir films. Le budget est de l’ordre de 4 millions et le tournage est prévu pour cet hiver. Et enfin, le nouveau film de Gregg Araki, Creeps, film d’horreur et de science-fiction avec notamment une invasion d’araignées extraterrestres en Californie ! Produit par Incognito Films, le budget est de 4 millions et le tournage prévu pour novembre.

5. Comment avez-vous constitué le comité?
L’idée était de rassembler des compétences complémentaires : Sylvie Pialat des films du WORSO, les critiques Murielle Joudet et Maroussia Dubreuil pour le côté artistique. Hugues de Chastellux, Eric Garandeau ancien directeur du CNC, Grégoire Lasalle, ex-CEO d’Allociné, Christophe Vidal de Natixis, Alexis Mas de Condor Entertainment, pour le côté financier. Et puis aussi du sang neuf avec Le Club des Ambassadeurs de Vodkaster

6. Pour l’instant, c’est un projet français?
Oui, si le Gregg Araki figure dans les 3 premiers films qu’on peut co-produire via Movie Angels c’est parce qu’un producteur est français. En fait, en 2014, le CNC avait commandé un rapport sur l’état du cinéma à l’heure du numérique, le rapport Bonnell. De nombreuses préconisations ont commencées à être appliquées. Mais celle de trouver plus de financements privés n’avait pas encore trouvé ses modalités de mise en œuvre. Par le biais d’un crowndfunding auprès d’investisseurs particuliers et compétents, nous proposons une plateforme qui permet cette mise en œuvre. Movies Angels est à tester d’abord sur le marché français, avant de voir s’il ne peut pas rayonner à l’international…

Visuel : © Movies Angels

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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