Chansons
[Live report] Véronique Sanson aux Francofolies de La Rochelle

[Live report] Véronique Sanson aux Francofolies de La Rochelle

13 juillet 2015 | PAR Antoine Couder

Dimanche soir, aux Francofolies de La RochelleVéronique Sanson revisitait le répertoire de ses fameuses années américaines qui allait bouleverser sa vie et toute la variété française.

Besoin de personne

Nous ne sommes pas dans la Cour d’honneur du Palais des Papes mais il y a pourtant quelque chose de théâtral lorsque Véronique Sanson surgit sur la grande scène « Jean-Louis Foulquier » à la Rochelle. Un bref silence se fait lorsqu’apparaît le visage léonin d’une tragédienne de 66 ans qui va redire tout au long de son répertoire américain (1973-1979) ce qu’il en est du succès et de ses revers narcissiques lorsque l’on s‘enfuit, loin de son pays et loin de l’homme qui vous a rendu célèbre. Ce soir, la chanson « Besoin de personne » n’est pas au répertoire mais tout sera dit du désir de liberté, de l’amour et de ce qu’il reste de dignité lorsqu’ « Amoureuse », on sent l’échec indescriptible et programmé. Sanson tragique donc, comme toujours, qui conserve sa puissance rythmique et raconte sans détours, l’histoire de sa « Drôle de vie » à commencer par cesdéfis qu’elle se lance comme ce « Vancouver » qui ouvre le show et ne cache rien de cette voix qui n’est plus ce qu’elle a été.

C’est la même Sanson ?

Tandis que la belle Robi installée au village Francofou  électrise le jeune public avec son hymne« On ne meurt plus d’amour » Sanson réempruntele chemin intime et musical qui la mène jusqu’aux Etats-Unis, plantant Michel Berger pour un talentueux musicien qui se révélera un affreux compagnon, bouleversant en trois albums  les règles de la variété française qui surchauffait alors de désir américain (Claude François) ; passant l’épreuve ultime de l’exil devenant cette femme « de nulle part » dont elle fera plus tard une chanson (« Bernard’ssong » 1977). Migrante dans l’âme (mais ne l’a-t-elle pas toujours été ?), c’est elle qui fera la synthèse française entre les influences jazz new Orléans (qui nourriront Michel Jonasz) et ce « rythmes and blues »jubilatoire poussant du coudenotre Johnny national qui lui succédera le 14 juillet sur la même scène.

Quelques mots d’amour

Coudre et en découdre avec le rock’n roll, c’est un vieux débat ou plutôt, un débat de vieux  pour une Véronique Sanson redevenue icône de la jeune génération (Maissiat) et frappant davantage par ses textes et son impact mélodique que par sa tentative de conquête d’un pays qui au fond ne l’aura jamais vraiment accepté. Non par hostilité mais par indifférence. La chanteuse pourra décortiquer encore ce qui fait l’amour et les preuves d’amour, elle en reviendra toujours à ses  paroles « tellement importantes » qui touchent au cœur dece public francofolien follement dévot qui attendra les vingt dernières minutes du concert, pour entrer en scène. Ce sera juste avant « Je me suis tellement manquée » (on finit alors par comprendre) juste avant que ne que ne débutent les premières notes de sa « Drôle de vie »

La possibilité du « elle »

On mesure alors la puissance populaire de cette langue qui parle à peu près à tout le monde et dit – cette fois en creux- ce que Sanson sans cesse explore. Pour le dire sous la forme d’une boutade ;  non pas la possibilité du « il » mais celle du « elle » d’une féminité sans Dieu ni maître  qui se donnerait in fine la possibilité d’aimer comme simple servante,  toujours prête à pardonner en dépit d’une lassitude imperceptible…. Là tient sans doute le swing seventeen de cette « Drôle de vie » qu’on pourrait presque slammer tant la structure« sujet verbe complément » qui glissent en cascade révèlent un français soudainement simple et direct. Et, d’évidence, ils sont nombreux et tous très différents ceux qui se sont aimés puis désaimés autour de ces mots de 1972, les derniers avant le grand départ américain. Pour rester dans le ton, Sanson achève ce soir sa chanson dansune sorte de Big band joyeux eten vient à parler de son public comme d’un miroir devant laquelle elle s’habille et se maquille. Ce qu’elle finit par faire… Ultime moment de stupeur qui signe d’une pointe de rouge à lèvre le récit de cette série effectivement américaine.

Visuel : (c) DR

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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