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Festivals des cinémas arabes: mémoires et héritages

Festivals des cinémas arabes: mémoires et héritages

04 juillet 2018 | PAR Donia Ismail

Alors que TouteLaCulture se lance dans son deuxième jour au Festival des cinémas arabes à l’Institut du monde arabe, nous avons croisé la route de deux cinéastes. Au programme, deux films nécessaires et émouvants, qui tirent le portrait de d’hommes, artistes de toujours, aux destinés incroyables.

À 11h, ce n’est pas un mais deux films qui sont projetés, deux premières mondiales présentées auprès des spectateurs de l’Institut du monde arabe dans le cadre du Festival des cinémas arabes (premier épisode à relire ici). Les oeuvres sont reliées par ce besoin de raconter, sous forme d’hommage, le parcours de ceux qui nous ont précédés. Deux longs égyptiens qui couronnent le travail acharné de deux artistes du XXème siècle qui ont sur faire du Caire la capitale cinématographique qu’elle fut jadis.

De bois et de tissus

« Toute ma vie, j’ai vécu dans mes rêves ». C’est par cette phrase emprunte de naïveté et douceur, que s’ouvre Sculpting in time de Youssef Nasser. Dès les premières images, on voit un homme, assis sur un siège. Derrière lui, son bureau sur lequel sont jonchés de nombreux outils de travail, dont celui qui fit de lui l’une des icônes égyptiennes dans le genre: des marionnettes. Un nom: Nagy Shaker. Il se fait vieux, mais la vitalité de ses gestes, de ses dires, nous transporte aux prémices de sa vie, alors qu’il découvre pour la première fois les joies du cinéma chez un voisin maltais. Commence ainsi une longue histoire d’amour avec l’Art, qui plus de trente ans après ne s’est évaporé. Au cinéma, il développe une passion pour les marionnettes et devient alors l’une des références égyptiennes en la matière. Il multiple les spectacles, au rythme des plus grands classiques de la musique arabe, attirant alors en masse le public du monde entier. Dans cet échange vibrant, infusé d’une émotion palpable, l’homme explore son passé, près des studios. Youssef Nasser réalise ce qui s’apparenterait à un devoir de mémoire, et grave ainsi dans le marbre le parcours si émouvant de cet artiste prolifique qui su mettre en valeur comme personne l’espace et les lumières.

Résurrection d’un cinéaste

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Inscrire dans le marbre le passé glorieux d’une figure tutélaire du cinéma égyptien, là est la mission d’Ahmed Rashwan avec Khan le mentor. Une déclaration d’amitié tendre envers celui qui lui a tout appris, feu Mohamed Khan, celui qui transforma considérablement le cinéma égyptien en y introduisant de nouveaux concepts, de nouvelles façons de filmer, de créer.
Ahmed Rashwan se met en scène dans ce long-métrage, à la recherche de ses liens avec celui qu’il appelle Maître, tout en mettant en lumière le travail considérable d’une vie. Ainsi, à la manière d’un carnet de bord, on entend la voix de Rashwan, s’entremêlant à celle du défunt et parfois à celles de ses amis les plus proches. Les deux hommes conversent, parlent de leurs rencontres, de leurs passés. Et comme dans un moment d’égarement, l’artiste défunt est ramené à la vie. Son rire résonne dans la salle, son intellect ravivé pour notre plus grand plaisir. Au fil des minutes, on commence à saisir la particularité de ce forcené du travail, qui ne cesse de penser au prochain film, « what’s next ». Celui qui pendant longtemps fut apatride, comme renié du sein qui l’a nourrit,  est grâce à ce film couronné par ses successeurs, à travers ce portrait tendre d’un homme en dehors de son temps.

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Donia Ismail

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