Cinema

Festival des cinémas arabes: immersion cinématographique en terre arabe à l’IMA.

Festival des cinémas arabes: immersion cinématographique en terre arabe à l’IMA.

03 juillet 2018 | PAR Donia Ismail

Pendant quelques jours, l’IMA devient le cœur du 7ème Art arabe avec la première édition du Festival des cinémas arabes. Jusqu’au 8 juillet, l’IMA participe à la réinvention de ces cinémas avec, au programme plus de 70 films venant des quatre coins du monde arabe.

L’exposition Al Musiqa à la Philharmonie de Paris avait mis en avant la pluralité de la musique arabe, qui ne s’appréhender non pas au singulier mais au pluriel. L’Institut du monde arabe suit cette lancée avec son nouvel événement, le Festival des cinémas arabes, présidé par l’actrice et réalisatrice palestinienne Hiam Abbas. Il existe autant de cinémas que de pays, autant d’auteurs que de régions et surtout autant de courants que d’habitants. Car au cinéma traditionnel égyptien où feu Shadia  illuminait l’écran, accompagnée du chanteur romantique Abdel Halim Hafez, s’ajoute une infinité de fragments, d’audace, de vivacité.

Jusqu’au 8 juillet 2018, l’IMA met à l’honneur un cinéma souvent méconnu en France, et dont sa beauté et sa créativité commence, petit à petit, à atteindre nos salles obscures. Avec une sélection qui balaye les continents, qui fait s’accoupler les accents égyptiens, algériens, libanais et même saoudiens, l’Institut du monde arabe frappe fort. Au programme plus de soixante-dix films, tous produits entre 2017 et 2018. Que ce soit des documentaires, courts ou longs-métrages, tous aborde la culture cinématographique à leur façon, tout en tirant le portrait de sociétés parfois au bord du gouffre.
Qui dit festival dit compétition. Un réalisateur se verra remettre un prix dans chacune des catégories citées un peu plus haut par différents jurys. Personnalités comme Faouzi Bensaïdi (prédisent du jury fiction) ou femme de l’ombre (Véronique Lange dans la même catégorie), tous représentent la multiplicité des horizons que l’on peut trouver dans ce que l’on appelle le 7ème Art arabe.

S’il fallait retenir un élément, qui serait une surprise pour certains, une bonne nouvelle pour d’autres, c’est sans doute le choix audacieux, de porter le regard du festival sur l’Arabie Saoudite. Lieu, où les salles de cinéma rouvrent en masse, où les réalisateurs trouvent des financements. En somme une toile blanche sur laquelle il est possible d’inscrire une nouvelle branche de ces cinémas arabes.

Un cri de souffrance

Notre périple cinématographique à l’IMA commence par ce documentaire poignant mais surtout déstabilisant, signé par Mahmoud Soliman, Nous n’avons jamais été enfants. Dans une Égypte gangrénée par la corruption et la précarité, Soliman suit l’histoire émouvante sur treize ans de Nadia, mère élevant seule ses quatre enfants, loin d’un mari alcoolique et violent. Un cri de souffrance qui résonne dans les rues chaotiques du Caire, où la pauvreté extrême, côtoie la richesse ostentatoire et vulgaire de ceux qui tiennent le pouvoir.
Ainsi, c’est à différentes années que l’on retrouve Nadia, aiguiseuses de couteau (au début de son histoire). De 2003 à 2016, le pays change, navigue en eaux troubles après la chute d’Hosni Moubarak, l’élection du chef des Frères Musulmans, Mohamed Morsi puis sa destitution, et finalement le pouvoir despotique d’Abdel Fattah El Sissi, achevant ainsi les espoirs des révolutionnaires. La condition de Nadia est de sa petite famille ne change pas. Elle régresse. Ses enfants grandissent dans l’incertitude, sont amenés à quitter l’école tôt pour subvenir à leurs besoins mais surtout à ceux de leur père qui les rackette quotidiennement. Pourtant, elle avait de l’espoir. Naïvement, en janvier 2011, lorsque la jeunesse égyptienne inonde la place Tahrir, elle pensait que c’était la fin d’un cycle, qu’elle aurait enfin une vie meilleure, pour elle mais surtout pour ses enfants. Les années passent, et la vie reste difficile. Elle baisse les bras, ses fils aussi. Dans un moment d’égarement, le plus grand Khalil lance « La vie ne vaut pas d’être vécue. Je vais rejoindre Daesh ». Un appel à l’aide qui ne sera jamais entendu par un gouvernement politiquement et économiquement absent. 

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Cependant, réduire le film à une seule dénonciation politique serait le dénaturer dans son essence même. Car, si elle prend une place importante — dans les premières minutes on entend ironiquement à la radio des réformes destinées aux couches les plus pauvres —, sa revendication sociale en est plus grande. Ainsi, Soliman y traite de l’homosexualité en Égypte, avec Nour qui le nie catégoriquement, surement par peur de représailles. Son grand frère Khalil le sent, dénigrant ainsi son propre frère. On y parle de virilité, mais surtout de honte. La honte d’être homosexuel dans un pays qui ne les reconnaît pas, mais aussi la honte d’afficher sur la place publique et par le biais de ce documentaire la précarité en Égypte, parfois cachée par le gouvernement.

Infos pratiques

Théâtre de la Commune – Centre Dramatique National d’Aubervilliers
Le Zèbre de Belleville
Ozanne Tauvel

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