Cinema
Festival Lumière Jour 2

Festival Lumière Jour 2

14 octobre 2015 | PAR Laurent Deburge

L’intérêt principal du Festival Lumière, faut-il le rappeler, est que le cinéma y est à l’honneur. Les personnalités sont là avant tout pour présenter les films et partager leurs émotions et coups de cœur avec les cinéphiles de toutes obédiences. Pour notre part, ce sont les raretés qui font notre bonheur et nous avons pu entamer la journée dès 9h30 au Hangar de l’Institut Lumière, qui abritait les fameuses usines immortalisées par le premier film de l’histoire, avec un autre premier film, celui du réalisateur Marcel Bluwal, né en 1925, qui s’est notamment illustré à la télévision dont il fit les très-riches heures (pour exemple son Don Juan avec Michel Piccoli en 1965).

Le Monte-charge (1962) est un film noir, scénarisé par Frédéric Dard (alias San-Antonio, natif de Bourgoin-Jallieu soit à quelques encablures de Lyon), qui met en scène le ténébreux Robert Hossein et la vénéneuse Léa Massari dans un décor de banlieue parisienne pendant la nuit de Noël. Il s’agit d’un engrenage fatal dans lequel le personnage est entraîné, par l’entremise d’une sublime mère de famille malheureuse en ménage. Passion et crime s’entremêlent pour ce couple tragique. Bluwal souligne avec un art maîtrisé du détail le destin poisseux de personnages pris au piège d’une mécanique sans issue. Train électrique, grilles graisseuses du monte-charge éponyme, rayons de la roue d’un vélo posé à l’envers, au travers desquels on regarde Robert Hossein s’enferrer dans les rets d’une machination sordide, rien n’explique pourtant mieux que les traits et le regard de Léa Massari les raisons pour lesquelles un homme peut courir à sa perte.

Nous eûmes (moi et mon sac à dos) à peine le temps de nous engouffrer dans le métro pour arriver au début de la projection du film de Joseph Losey, M, en version restaurée, présenté au Pathé Bellecour. Ce remake du film de Fritz Lang, M le Maudit (1931), réalisé 20 ans après (1951), à Los Angeles, dans une version « film noir », présente une critique acide de la société américaine durant le maccarthysme. En dépit d’une grande maestria plastique ce film nous a laissé plutôt froid. La manière qu’a le tueur de brandir son flûtiau quand il aborde une fillette, pendant au leitmotiv issu de Peer Gynt sifflé par Peter Lorre dans le film originel, est particulièrement grotesque.

Julien Duvivier était de nouveau à l’affiche du Pathé Cordeliers en fin d’après-midi, avec le film La Bandera(1935) mettant en scène un Jean Gabin engagé dans la légion espagnole pour fuir un crime passionnel commis à Paris. La séance était présentée, honneur insigne, par un grand invité du Festival, Vincent Lindon en personne.

Rencontrer Lindon dans le cadre d’une salle de cinéma est plus qu’un événement, une leçon. Celle d’un homme d’une franchise à toute épreuve, qui par amour fou du cinéma souhaite qu’on respecte les acteurs et la magie qui les entoure. Les acteurs sont fragiles, et les rêves qu’ils procurent aussi. Il voudrait qu’un acteur soit un mythe, création spontanée sortie de nulle part pour apparaître sur l’écran, à l’opposé de la tendance actuelle au semblant de proximité que dispensent les réseaux dits sociaux. Position difficile à tenir mais compréhensible. Devant à la salle, aucun spectateur n’échappe à son regard, à son attention. Ainsi, l’échange vrai avec le public nécessite d’abord le bannissement des portables et des caméras, qui dégradent l’image des acteurs. La présence de Vincent Lindon est extrêmement forte et très émouvante, c’est un champ d’énergie qui diffuse en émanations continues. Une expérience touchante. Celle du charisme.

Le film de Duvivier est une belle histoire de camaraderie militaire, qui se termine dans le Rif marocain par un terrible siège. Il marque le début de Gabin en tant que star incontournable des années 1935 à 1939 et de l’histoire du cinéma stricto sensu, mais c’est surtout la prestation de Pierre Renoir, en capitaine borgne de la Légion qui impressionne par sa mise impérieuse. Un des objectifs de cette édition du Festival Lumière est de réhabiliter la figure de Duvivier, qui fût mis à mal par les hérauts de la Nouvelle Vague. Il est en passe d’être rempli.

En soirée, à l’Auditorium de Lyon, près de la Part-Dieu, Thierry Frémaux accueillait, en compagnie de Régis Wargnier, la légendaire Sophia Loren, toute vêtue de rouge et de strass, qui reçut l’ovation debout due à son rang d’icône cinématographique. Que dire sinon que c’est une grande dame, qui à 80 ans passés n’a rien perdu de son aura et de sa simplicité toute napolitaine. Lattuada, Comencini, Vittorio deSica, Ettore Scola, Francesco Rosi, Bolognini, Dino Risi,Monicelli, Hathaway, Stanley Donen, Carol Reed, SidneyLumet, Cukor, Curtiz, Litvak, Anthony Mann, Altman ou Charlie Chaplin… autant de réalisateurs qui ont fait appel à son talent, à sa beauté, son incandescence… Celle qui fut également partenaire de Mastroianni, Brando, Clark Gable, Cary Grant, Anthony Perkins ou John Wayne livre la clé de son succès. C’est une actrice instinctive, qui se fie entièrement à son intuition. Il s’agit avant tout d’avoir quelque chose en soi ainsi que la volonté de bien faire son travail, de prendre du plaisir à jouer une scène complexe, à raconter une histoire et vivre pleinement devant la caméra. Il faut rencontrer les acteurs, les écouter parler, car leur expérience est souvent une leçon de vie. Le Festival Lumière permet cette magie.

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Laurent Deburge

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