Cinema
Festival de Deauville 2022 – Scrap : Petits malheurs d’une éternelle insatisfaite

Festival de Deauville 2022 – Scrap : Petits malheurs d’une éternelle insatisfaite

06 septembre 2022 | PAR Yohan Haddad

La réalisatrice et comédienne Vivian Kerr présente son premier long-métrage en compétition officielle avec Scrap, objet curieux oscillant avec demi-grâce entre comédie décalée et drame assumé.

Beth se réveille tranquillement. Avec son bandeau sur les yeux, elle paraît se trouver dans un lit douillet, bien au chaud sous sa couette. La caméra s’éloigne de son visage, et laisse entrevoir la supercherie : Beth vit en réalité dans sa voiture, toute couverte de déchets de fast-foods et de vêtements empilés les uns sur les autres, sur les sièges et dans son coffre. De ce postulat étrange débute Scrap : difficile de dire si l’on est face à une comédie tant le ton paraît décalé. Doit-on rire ou pleurer du destin de Beth ?

Tout le film est habité par ce décalage inhabituelle. Tous les évènements qui parcourent la vie de Beth sont pourtant bel et bien malheureux : licenciement, violence conjugale et détresse psychologique, elle est la victime d’une société qui n’en a jamais marre de s’en prendre directement à elle. À force de prendre coup sur coup (physique comme psychologique), elle finit par se renfermer et néglige les personnes qui l’aiment véritablement, à savoir son frère et sa fille, qui vivent ensemble avec la belle-soeur dans une grande maison idéale.

Adapté d’un court-métrage de la même Vivian Kerr, qui reprenait les mêmes grandes lignes que le long-métrage, Scrap réussit à créer une surprise constante chez le spectateur grâce à ses ruptures de tons bien menées, passant rapidement d’une scène où l’on rit des petits malheurs de Beth jusqu’à des scènes de violences conjugales, où les remords des anciens amours se heurtent à la violence de l’époque. Le film semble aussi bien empreint des plus belles heures d’un cinéma à la Woody Allen, quoique plus proche d’un Noah Baumbach époque Frances Ha, qu’un choc comique absurde à la Coen, quelque part entre Burn After Reading et A Serious Man. Cet aspect fait du film une franche réussite, unissant les tons à merveille dans un assemblage à priori improbable, mais étonnamment bien balancé.

Toutefois, on regrettera de nombreux points noirs qui permettent au récit de s’élever vraiment. Cette idée passe aussi bien par la relation qu’entretient Beth avec sa fille, qui reste dans la phase de l’anecdotique tant elle paraît vue et revue, se terminant sur un happy ending complètement cliché, qui dénote grandement avec le ton décalé qui habite le reste du film. Reste un film étonnant, drôle et souvent touchant.

Visuel : © A SEASON OF RAIN

 

 

 

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