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[Festival Biarritz Amérique latine] »Carmin profond » les amants diaboliques d’Arturo Ripstein

[Festival Biarritz Amérique latine] »Carmin profond » les amants diaboliques d’Arturo Ripstein

01 octobre 2016 | PAR Olivia Leboyer

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Pour son 25e anniversaire, le festival de Biarritz a choisi de projeter, en séances spéciales, certains grands films d’Amérique latine. Nous avons découvert Carmin profond, à la beauté étrange et obsédante.

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Carmin profond s’ouvre sur une promesse d’amour sucré : une femme obèse rêve devant son miroir, entouré de photos de Charles Boyer. Un jour, une petite annonce d’un inconnu prétendant ressembler à l’acteur achève de l’affoler.

La rencontre aura des allures grotesques, hystériques. De son côté, l’homme est un escroc, qui cherche à extorquer de l’argent à des femmes en mal de solitude. Seul, il l’est aussi, se trouvant beau seulement à l’aide de sa perruque en vrais cheveux. Lui aussi passe le plus clair de son temps à scruter son miroir. Le mal être de la grosse Coral saute immédiatement aux yeux. Celui de ce Nicolas Estrella, plus dissimulé, est tout aussi inquiétant. Le rapprochement, rencontre providentielle ou choc malencontreux, va tisser ensemble, fortement, leurs deux folies.

Car personne n’abuse personne dans ce couple bizarrement assorti. La femme ogresse, difforme, et le petit homme sans grande envergure se trouvent attirés l’un par l’autre sans raison apparente. Ils deviennent, subitement, indispensables l’un à l’autre. Personne ne les a aimés, alors ils s’aimeront l’un l’autre, pour le meilleur et pour le pire. Ripstein s’est inspiré d’un autre film, Les Tueurs de la lune de miel, mais son Carmin profond possède une couleur toute personnelle, charnelle et nauséabonde.

Doucement, c’est le mal qui les aspire. Coral a tout de suite compris quel genre d’homme était Nicolas, veule et malhonnête. Elle l’accepte et propose de le seconder dans ses entourloupes. De l’escroquerie, les amants vont glisser vers le crime, ce carmin profond, épais et chaud.

Monstrueux, vénéneux, le film distille un malaise très palpable. Lancinante, d’une tristesse presque insupportable, la musique tient une place essentielle. Un grand film sur l’amour noir, qui croît comme une plante malade.

Carmin profond (Profundo Carmesi), d’Arturo Ripstein, 114 min, Mexique, 1996. Séance sélection anniversaire 25e Festival de Biarritz.

visuels: affiche et photo officielles.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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