Cinema

Et soudain tout le monde me manque: « Je t’aime moi non plus » filial entre Michel Blanc et Mélanie Laurent

21 avril 2011 | PAR Gilles Herail

Le second film de Jennifer Devoldere peut compter sur la qualité de ses dialogues et de l’interprétation du casting pour raconter une jolie histoire de communication difficile entre un père et son fils. Et soudain tout le monde me manque est malgré tout une déception, cherchant à tout prix à afficher une modernité tendance qui manque de sincérité.

Synopsis: La famille, c’est compliqué…  Surtout quand Eli, le père, bientôt 60 ans, attend un enfant de sa nouvelle femme. À l’annonce de la nouvelle, ses deux grandes filles, Dom, qui cherche a adopter, et Justine, qui passe d’un petit ami à un autre sans trop d’état d’âme, sont ébranlées. Pour se rapprocher de Justine avec qui il n’a jamais pu s’entendre, Eli a la bonne idée de se lier d’amitié avec tous ses ex… A son insu. Mais lorsque Justine tombe de nouveau amoureuse et qu’Eli s’apprête à tout gâcher, la famille est sur le point d’imploser. Est-ce que tout ce petit monde va parvenir à se réconcilier avant qu’il ne soit trop tard ?

La présence de Michel Blanc au générique n’étonne guère tant le film fait écho à la seconde vie cinématographique de l’acteur du Splendid entamée avec Embrassez qui vous voudrez et plus récemment Une petite zone de turbulences. Des comédies très écrites, parfaitement dialoguées, un peu intellos. Et soudain tout le monde me manque lorgne de plus vers le cinéma de Rémi Bezançon, l’un des réalisateurs les plus prometteurs du cinéma français dont le premier jour du reste de ta vie avait marqué les esprits par son intelligence aussi bien scénaristique que formelle.

Le film de Jennifer Devoldere est inégal, alternant dialogues savoureux et situations décalées avec des poncifs très caractéristiques d’un certain cinéma contemporain. Pour le meilleur, l’écriture ressemble à celle du Nom des gens, par sa drôlerie, son impertinence, son sens du détail et de la situation. Le personnage de Michel Blanc est passionnant, à la fois gamin immature et père maladroit. La réalisatrice sait aussi manier certaines formes de poésie autour du personnage principal (une jeune médecin incarnée par Mélanie Laurent) qui crée des œuvres d’art et des portraits à partir de radios des différentes parties du corps.

On peut saluer la volonté de la cinéaste d’adopter un véritable style visuel et de ne pas se complaire dans l’image télévisuelle des comédies lambdas. L’habillage fait pourtant souvent un peu toc tant ce second film veut à tout prix plaire, être à la mode, suivre la tendance. Des comédies indépendantes américaines avec un générique animé, des personnages farfelus et une musique pop/folk en anglais. D’un certain cinéma d’auteur avec l’utilisation systématique d’une caméra à l’épaule. Au delà de l’image, c’est l’univers décrit qui pose problème. Une touche de modernité avec du stand up, docteur dray et Géraldine Nakache mais le tout à Passy dans une famille bien établie… Le film n’a d’yeux que pour Mélanie Laurent qui hérite pourtant du rôle le plus anecdotique pour un personnage franchement irritant. L’actrice garde une image superficielle d’une jeune femme gâtée dont les interrogations laissent insensibles. Il y avait pourtant matière à développer des seconds rôles intéressants. La demi-sœur tout d’abord, incarnée par l’incroyable Florence Loiret Caille (encore au cinéma dans La petite chambre) mais aussi le petit ami joué par Guillaume Gouix (découvert cette année dans Poupoupidou).

Et soudain tout le monde me manque trébuche là où le premier jour du reste de ma vie de Rémi Bezançon excellait: pour allier stylisation poétique et réalisme familial, absurde burlesque et émotion à fleur de peau. Chez Jennifer Devoldere, on ne croit que par instant à cette histoire qui recelait pourtant un message simple mais beau sur le besoin de communiquer avec ses parents tant qu’il en est encore temps. Le film reste un spectacle bien au dessus de la moyenne, drôle et émouvant mais beaucoup moins ambitieux qu’il n’y parait.

Gilles Hérail

Et soudain tout le monde me manque, une comédie dramatique de Jennifer Devoldere avec Michel Blanc, Mélanie Laurent, Guillaume Gouix, Florence Loiret Caille, 1h38, sortie le 20 avril 2011


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Gilles Herail

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