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Eric Valette : dans la Proie, le côté exaltant de la course-poursuite l’emporte

Eric Valette : dans la Proie, le côté exaltant de la course-poursuite l’emporte

08 avril 2011 | PAR Yaël Hirsch

Scénariste et metteur en scène fan d’action et de films de genre, Eric Valette avait conquis un large public en 2009 avec « Une affaire d’Etat », où jouaient Thierry Frémont et André Dussolier. En pleine préparation de la 2 e saison de Brasquo pour Canal +, le réalisateur a rencontré toutelaculture.com pour parler de la sortie de son excellent nouveau long métrage, « La proie ». Grâce à lui, nous sommes passés dans les coulisses d’une course-poursuite haletante et décalée avec Albert Dupontel, Alice Taglioni, Stéphane Debac et Sergi Lopez.

Pour lire notre critique de « La proie », c’est ici. On en a même une deuxième, ici. Et sur vos écrans, c’est à partir du 13 avril.

Pourquoi est-ce si important pour vous que le héros de « La Proie » soit vraiment coupable ?
Le fait qu’il soit vraiment coupable justifie ses aptitudes physiques, on imagine qu’il a fait des braquages, qu’il a déjà cavalé, qu’il a déjà mis son flingue sous le mentons de personnes. Alors que par exemple, dans « Le fugitif », Harrison Ford est un médecin innocent qui n’est pas sensé faire toutes ces choses dépassant l’entendement. Tandis qu’Albert on sait également qu’il est prêt à tout. S’il doit tuer des policiers pour parvenir à sauver sa fille, il est prêt à tout. J’aimais bien cette dangerosité de bête traquée qui va avec le personnage. Son passif permettait de justifier le côté hyperbolique du film, qui est excessif à la manière que j’aime : c’est tout simplement exaltant et cela m’amuse.

Avec son jeu sur les clichés et les archétypes, « La proie » est-elle plus qu’un film d’action ?
J’essaye toujours de fourguer mes choses à moi en contrebande dans ce qui est présenté comme un film de genre, donc il y a toujours des éléments qui sont de l’ordre d’un humour un peu tordu, de la satire sociale. Ca m’amuse parfois de jouer les clichés assumés, comme les trois brutes des pays de l’Est en prison qui essaient de faire la peau de Dupontel. En même temps, j’aime aussi approcher l’histoire par d’autres biais, donc par exemple pour le tueur en série, j’aime bien avoir glissé un peu d’ironie noire en le dépeignant aussi comme le voisin idéal qui fait un barbecue. Cela permet aussi de détendre l’atmosphère du film pour décrisper après. J’aime bien de genre de mélange. J’aime les films qui dépassent le binaire et savent jouer de plusieurs palettes.

Y-a-t-il des éléments qui le rapprochent du film d’épouvante ?
Quand le tueur en série traque la jeune fille, on est vraiment dans la mécanique du slasher à l’américaine, avec une espèce de labyrinthe de végétation, et un tueur qui a le don d’ubiquité, qui avance avec lenteur, alors que la fille est déjà condamnée dès le départ. Il y a ce côté qui joue avec les codes du genre. De la même façon, on avait clairement établi avec mon chef opérateur que certaines scènes de cimetière soient habitées par un côté film d’horreur ou film fantastique, avec des éclairages un peu bleutés et en jouant les clichés comme l’orage etc… Et on a jouté certaines notes plus poétiques, comme le sanglier. A l’origine le sanglier avait une fonction narrative, puisqu’il était sensé diriger Dupontel vers l’endroit où était caché le corps, et comme on a géré ça de manière différente pour des questions de temps, on a laissé tomber la fonction narrative du sanglier, mais on a gardé l’animal comme symbole, qui donne une ambiance bizarre dans le cimetière. En fait, aux heures où les gens ordinaires sont couchés, le héros joué par Albert Dupontel se trouve toujours seul et finalement la présence d’animaux le renvoie toujours à son statut de bête traquée tout au long du film. C’est à la fois ironique et poétique.

Avez-vous repensé à votre film « Maléfique » (film d’Eric Valette sorti en 2003 et qui se concentrait sur trois hommes enfermés dans une cellule de prison) en tournant certaines scènes de « La Proie » ?
J’y ai pensé quand on a tourné les séquences de prison, surtout les séquences de cellule. On a dû passer deux ou trois jours dans cette cellule, et j’ai eu l’impression de revivre un vieux cauchemar, car même si maléfique s’était bien passé, tourner dans un espace aussi exigu, c’est très limitatif pour la mise en scène. J’avais l’impression de retrouver cette espèce de mécanique. Mon premier assistant me faisait d’ailleurs des blagues lors du tournage de « la Proie » en me disant qu’on était revenu sur le lieu du crime originel.

Comment parvenez-vous à créer cette ambiance glauque qui caractérise le film ?
C’est quelque chose de difficile à analyser pour moi parce que je suis un peu tombé dedans quand j’étais petit, comme, je dis souvent. Ces choses là viennent naturellement. Si on porte cette noirceur en soi et elle déteint sur l’écran. Mes personnages ne sont jamais des gens qui sont dans une plénitude. Ce sont des gens assez tourmentés. Mais c’est quand même ce qui crée le drame dans une fiction. Quand on raconte des histoires de gens heureux, c’est rarement intéressant. On raconte donc des histoires de choix moraux, de vie, de mort, de danger. C’est ça qui pour moi crée la fiction et la tension. J’aime quand les choses sont poussées jusqu’à leur point ultime. Je n’ai pas envie de traiter cela en demi-teinte. Ça m’intéresse d’aller loin au maximum dans cette noirceur et cette ambigüité. J’ai toujours tendance à tirer mes films vers quelque chose d’assez sombre et ambigu avec une forme de complexité, j’espère, mais pas nécessairement le glauque. Pour moi le glauque du film ca aurait été de passer beaucoup de temps sur les agissements du tueur en série, ce qui n’est pas le cas dans le film où tout ca est quand même assez elliptique. Je voulais que ce soit le côté exaltant de la course-poursuite qui l’emporte. Que l’on retienne plus l’énergie au final que le glauque. Avant tout j’essaye de proposer un spectacle qui soit généreux, qui soit riche en palette d’émotions et en action. J’aime bien me sentir dans un acte de don, et je veux toujours maximiser l’argent qui m’a été donné pour donner ma version d’une histoire qui plaise aux spectateurs.

Comment avez-vous dirigé vos acteurs. Étiez-vous présent pour la préparation des scènes d’action ?
Je viens régulièrement aux séances d’entraînement pour voir comment se passent les chorégraphies, pour commencer à réfléchir à ma mise en scène pour qu’ils aient une certaine dynamique dans l’action. Après, chaque comédien a sa manière de fonctionner. Albert est une source noire. Si on regarde toute sa filmographie, on ne trouvera aucun héros positif. Même dans ses rôles les plus lumineux, il apporte toujours une dose de noirceur. J’aime l’idée de profiter de ça et de potentialiser au maximum sa noirceur et son implication physique qui est exceptionnelle dans les films d’actions. Alice Taglioni, c’était très différent. Elle était plutôt dans un « Cast against type », comme on dit, elle allait contre son stéréotype de blonde décorative. Elle a voulu aller contre le cliché, après un break de trois ans, avec la façon dont son visage s’était transformé et surtout sa volonté d’être très quotidienne, très proche de ce qu’elle est dans le vie finalement. Pour Stéphane Debac, c’était encore autre chose. Il a une méthode de jeu particulière, mais qui me rappelle celle de Thierry Frémont avec qui j’avais travaillé sur « Une affaire d’Etat ». Il construit tout un univers autour de son personnage. Il réfléchit à la manière dont il va poser la voix, dont il va se déplacer. On s’est amusés ensemble à essayer de trouver des trucs, comment l’habiller etc… Il vient plus de la méthode, mais ce n’est pas une méthode très envahissante, il entre et sort du personnage assez facilement et n’a pas besoin de trop s’isoler.

Aimez-vous l’idée de retrouver certains comédiens sur un film ?
Il y a des entrants et des sortants à chaque fois. Il y a certains acteurs avec qui j’aimerais bien tourner mais, soit ils ne sont pas disponibles, soit il n’y a pas de rôle pour eux parce que je ne les vois pas dans tel ou tel personnage. Mais conserver quelques points de repère dans une famille c’est important : que mon chef opérateur, mon premier assistant et mon musicien soient les mêmes quand dans Une affaire d’état c’est important. Ils savent comment je fonctionne, on gagner beaucoup de temps. On peut aussi se dire les choses sans que les egos soient mis en cause. C’est une vraie famille de travail, ce n’est pas la grande famille show bizz du cinéma, ce n’a rien à voir.

Quels sont les projets de l’après « Proie »?
Je suis en plein dans la promo de La proie, mais je suis également dans la préparation de Braquo 2 que je vais tourner de fin mai à fin juillet. C’est une aventure assez spéciale pour moi. Il y a huit épisodes et Philippe Haim fait les épisodes 1 à 4 et moi, les épisodes 5 à 8. Ce qui m’intéresse dans cela, c’est l’aventure, rencontrer de nouveaux acteurs, de nouvelles personnes, travailler à rythmes soutenus, car pour la télé il faut vraiment abattre. Et puis, étant donné que la série est déjà assez installée, c’est assez amusant d’entrer dans des pompes qui ne sont pas forcément les miennes et d’essayer de m’habituer aux chaussures. Les scénarios de Braquo 2 sont écrits par le scénariste d’ « Un prophète » et de « Mesrine », Abdel Raouf Dafri , ce qui rend la série très intéressante car cela le tourne du côté du thriller politique et moins du côté du polar pur et dur. Et puis cet hiver, dès qu’on aura le financement, je dois adapter un roman assez court de l’auteur DOA, publié à la série noire, et c’est un polar rural assez radical qui s’appelle « Le Serpent aux mille coupures ». Il mélange racisme, mondialisation et trafic de drogue autour d’une exploitation agricole. Et ça va être assez intéressant.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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