Cinema
Entretien avec Pierre-Alfred Eberhard, co-fondateur de Courts Circuit 66, un festival itinérant à la rencontre du 7e art dans les Pyrénées-Orientales

Entretien avec Pierre-Alfred Eberhard, co-fondateur de Courts Circuit 66, un festival itinérant à la rencontre du 7e art dans les Pyrénées-Orientales

24 août 2021 | PAR Magali Sautreuil

Du 17 août au 24 septembre 2021 se tient la seconde édition du festival itinérant de courts-métrages Courts Circuit 66, dans les Pyrénées-Orientales. Gratuit et ouvert à tous, cet évènement vous propose un voyage émotionnel et sensoriel à la découverte d’un genre cinématographique méconnu et des communes occitanes qui accueillent le festival. Revenons sur la genèse de ce dernier et les nouveautés de cette année avec son co-fondateur, le cinéaste et metteur en scène Pierre-Alfred Eberhard.

Comment est né le festival Courts Circuit 66 ? 

Je suis né dans le département des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. J’ai commencé à y travailler, notamment au festival de Collioure. Malgré mon déménagement en région parisienne, j’y reviens régulièrement et j’y ai conservé quelques attaches. Cela faisait longtemps que je voulais y créer un festival de cinéma. J’ai d’abord initié en 2012, avec le soutien de la Ville de Paris et de la Mairie du XVIIe arrondissement,  Le Court Nous Tient (L.C.N.T.), un festival international de court-métrage à Paris réunissant le meilleur du film court de l’année, des rencontres et masterclass. Puis, une fois cet évènement bien implanté, j’ai eu l’opportunité d’organiser en 2018 Épris de Courts, un festival de courts-métrages destiné à la jeunesse et plus généralement à tous les passionnés de cinéma, réalisé en partenariat avec la ville de Valenton et la D.R.A.C. Île-de-France. Mais en 2020, en raison de la pandémie de covid-19, l’édition annuelle de L.C.N.T. n’a pas eu lieu. Plutôt que de me décourager, j’ai profité de ce moment pour enfin lancer un projet de festival dans les Pyrénées-Orientales en 2020, avec mon ami Jacques Vinas.

Cette première édition a sans aucun doute été couronnée de succès, puisque le festival semble avoir pris de l’ampleur cette année, malgré la pandémie.  

En effet, le festival Courts Circuit 66 connaît un réel engouement. En 2020, cinq communes nous avaient témoigné leur confiance, dans un contexte un peu particulier, où une grande partie de leur programmation culturelle avait été annulée. Avec Jacques Vinas, nous avions organisé des séances de cinéma en plein air  à Amélie-les-Bains, Calmeilles, Claira, Marcevol et Saint-Génis. Fort du succès de cette première édition, nous voici revenus pour un second volet, fruit d’une longue année de travail, avec, cette fois-ci, une vingtaine de communes partenaires : Amélie-les-Bains, Arles-sur-Tech, Calmeilles, Camélas, Canet-en-Roussillon, Cases-de-Pêne, Céret, Castelnou, Collioure, Espira-de-Conflent, Le Boulou, Marcevol, Maury, Montner, Mosset, Perpignan, Rasiguères, Sainte-Colombe, Saint-Génis-des-Fontaines, Saint-Paul-de-Fenouillet, Tautavel… 

Le programme s’est également étoffé, non ? 

Effectivement. En 2020, nous proposions un seul programme et une projection par commune, soit cinq séances au total. Cet été, le public pourra découvrir une trentaine de films, lors d’une des 28 séances proposées entre le mardi 17 août et le vendredi 24 septembre 2021 dans une vingtaine de sites. Par ailleurs, ce n’est plus un, mais huit programmes que nous vous invitons à découvrir : trois sont consacrés à des films en compétition, un autre nous emmène à la découverte du patrimoine avec la D.R.A.C. Occitanie… Certains sont orientés jeune public et donneront lieu à des séances privilégiées avec les scolaires. L’Institut Jean Vigo (cinémathèque de Perpignan) et Occitanie Films (agence régionale du cinéma et de l’audiovisuel en Occitanie) proposeront des cartes blanches.  Dans la galerie Art Sant Roch, au cœur du village de Céret, là où se trouve la maison du festival, des rencontres auront lieu avec des réalisateurs tels que Léa Triboulet. Marie-Christine Barrault, grande actrice de cinéma et comédienne de théâtre, marraine du festival, nous lira quelques scénarii en musique, invitant les auditeurs à s’évader dans l’imaginaire d’un auteur, dont les écrits ont une portée visuelle plus accessible pour le lecteur qui peut ainsi construire son propre film.

Comment concevez-vous vos programmes et, plus largement, comment sélectionnez-vous les courts-métrages présentés lors du festival ? C’est d’ailleurs un pari risqué de proposer un festival grand public autour d’un genre aussi méconnu, non ? 

Trop souvent, le court-métrage est considéré comme un coup d’essai pour ensuite envisager un long-métrage. Or le court-métrage est un genre à part entière, qui est d’ailleurs récompensé dans les plus grands festivals de cinéma. C’est un genre que j’affectionne particulièrement et qui regorge d’incroyables chefs-d’œuvre. Nous sélectionnons donc avec le plus grand soin les films que nous proposons. Nous cherchons des œuvres sincères, avec un propos cohérent du début à la fin, un scénario bien ficelé, un bon jeu d’acteurs… Puis, nous en sélectionnons cinq ou six pour concevoir une séance d’une heure et demie. Les projections ne sont pas thématiques. Elles sont conçues comme un voyage émotionnel et sensoriel, alternant légèreté, profondeur, humour, gravité… Ces projections sont ouvertes à tous, aux locaux comme aux vacanciers. Ce sont des moments de partage et de découverte d’un genre méconnu, mais extrêmement riche : celui du court-métrage.     

Cette volonté d’ouverture au plus grand nombre est d’ailleurs au cœur de l’ADN de votre association et de ce festival. C’est également pour cette raison que vous avez opté pour un festival itinérant ?

Courts Circuit 66 est en effet une jeune association qui a vocation à soutenir la création et à promouvoir les courts-métrages dans tous les milieux. Nous aimerions pérenniser ce festival dans les Pyrénées-Orientales et, dans nos rêves les plus fous, essaimer dans d’autres départements, dans lesquels d’autres festivals cinématographiques pourraient avoir lieu à différents moments de l’année, les uns faisant écho aux autres. Tout comme les sous-titrages des films en français et la gratuité des séances, l’itinérance témoigne de notre volonté de rendre le court-métrage accessible au plus grand nombre. Nous allons à la rencontre du public et l’invitons à un voyage non seulement cinématographique, mais aussi au sein des territoires. Nos séances se déroulent majoritairement en plein air, sur les places de village. Certaines ont lieu dans des lieux patrimoniaux comme le château de Collioure ou le prieuré de Marcevol. Mais toutes sont réunies autour d’une même volonté de partager notre amour du court-métrage et de ce beau département des Pyrénées-Orientales avec le plus grand nombre.   

Afin d’aller à la rencontre d’autres publics, envisagez-vous par la suite des séances en milieux hospitalier et carcéral ? 

Ce serait formidable. Notre festival est d’ailleurs partenaire de Cinémad, une association qui rassemble depuis 2003 patients, familles et soignants du centre hospitalier de Thuir et d’autres cliniques psychiatriques des Pyrénées-Orientales, ainsi que des cinéphiles et des professionnels, afin de produire des œuvres audiovisuelles. Nous avons d’ailleurs créé à cette occasion un prix Cinémad et pourrions envisager par la suite d’autres pistes de collaboration. 


Malgré un contexte difficile, votre enthousiasme semble inébranlable et les premières projections de cette seconde édition font plaisir à voir ! Bonne continuation !

 

Courts Circuit 66, 2e édition du festival de courts-métrages itinérant et gratuit des Pyrénées-Orientales, qui se tiendra du 17 août au 24 septembre 2021. Passeport sanitaire obligatoire en extérieur : vaccination, test PCR ou antigénique. Programme susceptible de connaître quelques modifications en raison du contexte sanitaire. Suivez l’aventure du festival sur sa page Facebook pour suivre son actualité (ici) et sur son site Internet (ici).

Crédits visuels : Affiche officielle et photos de © Caphi Frecon

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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