Cinema

En ville, de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer: l’adolescence hiératique

En ville, de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer: l’adolescence hiératique

06 juillet 2011 | PAR Yaël Hirsch

Le philosophe spécialiste de l’Italie et la plasticienne géniale et touche-à-tout ont fait équipe pour proposer un autre film sur l’adolescence. Chacune des scènes de la vie d’une jeune fille de 16 ans en province est une perle, sublimée par le visage fascinant de Lola Créton. Mais le bijou est peut-être un peu trop précieux pour parvenir à toucher le spectateur. Sortie du film, qui a été sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le 27 juillet 2011.

Iris (Lola Créton) a 16 ans et s’ennuie entre son père dépressif et sa meilleure amie aussi ambitieuse que dévergondée (Adèle Haenel). Elle part vivre chez son plus sérieux prétendant, Alexandre (Ferdinand Régent) en attendant la fin de l’année sans réels projets d’avenir. Le père de ce dernier lui propose un petit travail de manutention. A l’arrêt de bus désolé où elle attend de pouvoir rentrer après le travail, elle rencontre un photographe qui a le double de son âge, Jean (Stanislas Merhar). Alors que ce dernier vit avec une jeune femme depuis 10 ans (Valérie Donzelli), Iris  et Jean tombent amoureux…

Dans ce film tourné à la perfection en 16mm et donnant de la zone industrielle et portuaire une image poétique et mélancolique, Valérie Mréjen parvient, comme d’habitude, à livrer des  plans parfaite et à sublimer la talentueuse Lola Créton. Mais en se penchant sur l’adolescence, elle perd toute l’originalité qui avait fait la force de ses documentaires (Pork and Milk, 2004, Valvert, 2008). Résolument inscrit dans le genre « film français », avec ses dialogues bavards et ses lourdes suggestions existentielles, « En ville » est une sorte de pastiche croisé de Christophe Honoré et de Céline Sciamma (à qui Mrejen et Schefer empruntent la sensuelle Adèle Haenel). Comme chez le premier, les ados parlent comme des personnages de Racine, et comme chez la seconde, ils errent à la recherche aqueuse de leur identité. Au final, « En ville » ravit l’œil mais ne touche pas, car le parler précieux de ces jeunes, les longs monologues du personnage de Jean sur l’art et les citations de Proust suspendent leur quête identitaire pour ne livrer que l’extérieur d’une coquille que le spectateur n’a pas envie de porter à son oreille pour entendre la mer.

En ville, de alérie Mréjen et Bertrand Schefer, avec Lola Créton, Stanislas Merhar, Valérie Donzelli, Ferdinand Régent, Barthélémy Guillemard, France, 2010, 75 minutes. Sortie le 27 juillet 2011.

 

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]utelaculture.com

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