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Octobre à Paris, la force du témoin

Octobre à Paris, la force du témoin

29 octobre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le documentaire de Jacques Panijel, Octobre à Paris est sorti sur les écrans le 19 octobre 2011. Pourtant, il fut tourné en 1961 et obtint son visa d’exploitation en 1973.  Réalisé à chaud mais sans aucun pathos il offre la force que jamais la fiction ne pourra atteindre. 50 ans après les faits, sa vision reste une blessure à vif.

Nous vous parlions  l’année dernière d’un autre film sur le même sujet.  « Ici on noie les Algériens » de Yasmina Adi était un magma indigeste d’archives non contextualisées.  Ni mémorial, ni historique, ce film dont on avait pourtant besoin décevait. On pourrait penser qu’un film tourné  trois semaines après les évènements réponde du même éceuil

L’affaire est tout autre. Panijel a croisé deux types de sources, les archives qui nous parviennent uniquement par le biais de photographies ce qui permet de savoir instantanément que nous ne sommes pas dans la fiction et des témoignages mêlés de reconstructions.

Nous voilà projetés dans le Paris des années 60. Le 5 octobre, 1961, l’ancien collaborateur, pas encore condamné pour crime contre l’humanité, Maurice Papon est préfet de Police de la Seine et il décide de mettre en place un couvre -feu interdisant aux algériens de sortir après 20 heures.  La décision provoque une manifestation réprimée de façon extrêmement sanglante. Cela l’histoire a retenu.

La force du documentaire de Panijel est de rappeler que la répression commence avant. En juin 1960 une manifestation d’Algériens à Paris compte de 20 à 80 morts.

On voit les bidonvilles de Nanterre, l’insalubrité. On découvre les sous-sols du 58 rue de la Goutte d’or où la torture la plus infâme est pratiquée dans une jouissance sadique. On voit les hommes et les femmes qui viennent de traverser cela. Il raconte.

Le film débute sur un noir et une voix, celle de Kader. il dit « Je suis algérien, mon nom est Kader, tout ce que vous allez voir est vrai ». Ensuite vient la Seine, elle sera la première image et finalement celle qui marque le plus.

L’histoire du film est en elle même un enjeu de l’histoire de la mémoire de la Guerre d’Algérie.  Jacques Panijel est immunologiste quand il apprend que « quelque chose va se passer », livre-t-il dans un entretien pour la revue Vacarme en 2000. Au lendemain de la répression, il propose l’idée d’un film au comité Audin. Ce sera six mois de tournage.

Ensuite, le film subit une large censure. Projeté de façon clandestine, maintes fois arraché par la police, c’est seulement à la suite d’une gréve de la faim du cinéaste René Vautier que le film eut son visa, mais surtout que fut promulgué la loi sur la protection des oeuvres de toute censure conséquente à leur contenu politique.

L’oeuvre tombe ensuite dans un oubli propre à la volonté de taire la responsabilité française en Algérie. Panijel est mort en 2010,  un an avant la sortie du film, deux ans avant sa diffusion en DVD

Une nouvelle fois, ce type de documentaire est la preuve par l’exemple que le récit fondé sur des évènements historique n’aura jamais le même impact qu’un documentaire de cette tenue.

Octobre à Paris a en lui la force  révélatrice du Chagrin et la Pitié.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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