Cinema

D’une école à l’autre de Pascale Diez : tendre regard sur l’école française en difficulté

D’une école à l’autre de Pascale Diez : tendre regard sur l’école française en difficulté

02 février 2013 | PAR Ainhoa Jean Calmettes

Traitant du sujet crucial de l’inégalité dans le système scolaire, Pascale Diez livre un documentaire tendre et plein d’espoir. Un film salutaire en cette période de crise pour l’éducation nationale.

Depuis quelques années, la mythologie très Troisième République de l’école comme vecteur d’égalité et d’ascension sociale a la vie dure. L’absence de mixité sociale comme le creusement des inégalités au sein du système scolaire sont régulièrement montrés du doigt et critiqués à juste titre. Le politique dans tout ça, peine à trouver des solutions viables et des lois en amendements, réactualise son incapacité à faire réellement changer les choses. Alors que le gouvernement Hollande a fait de l’éducation la priorité de son quinquennat, on attend encore un projet digne de ce nom qui ne se contenterait pas seulement de gonfler les effectifs de l’Education Nationale.

Loin du pessimisme ambiant, Pascale Diez présente dans son documentaire l’image d’une école capable d’inventer des projets novateurs et émancipateurs. Si le changement a lieu maintenant, c’est à l’échelle locale qu’il faut l’observer. Pendant un an, la réalisatrice a ainsi suivi le développement d’un partenariat initié entre l’école de Belleville et celle de la rue Saint Jacques dans le 5ème arrondissement de Paris. Grâce à leurs professeurs, Cécile Gérard et Karine Durant, les élèves de CM1 de ces deux écoles ont travaillé en commun, sous la houlette de Christophe Cagnolari et du Centre National de Danse, afin d’organiser un spectacle de fin d’année. A travers des chorégraphies, des jeux sur les sons et des interventions orales, ce sont leurs multiples identités que les enfants sont invités à mettre en scène.Au départ difficile, la rencontre entre ces écoliers traversés de préjugés réciproques donne lieu à des amitiés et enfants comme adultes sortent grandis de cette expérience. Certains plus que d’autres, à l’image du jeune Elias dont les progrès d’expressions entre le début et la fin du film sont fulgurants.

S’effaçant tout entière derrière sa caméra, Pascale Diez offre  des images brutes et laisse le spectateur tirer ses propres conclusions. Sans jamais forcer le trait, sans velléité d’engagement ou de dénonciation elle présente avec autant de neutralité que possible les contrastes qui se dessinent déjà entre ces écoliers, leurs différences de maîtrise du langage ainsi que leur inégalité d’accès à la culture. Et le résultat est parfois saisissant. La réalisatrice ouvre surtout – et ce avec beaucoup de respect – un espace d’expression aux enfants, leur laissant évoquer au fil d’entretiens libres la vision qu’ils ont d’eux mêmes et du monde.

Malgré un sujet complexe, Pascale Diez tire un message d’espoir et le regard bienveillant et tendre qu’elle porte sur l’enfance, comme sur la lourde tâche d’enseignant, fait beaucoup de bien. Ce documentaire est une preuve brillante de plus – si on en doutait encore – que la culture reste un formidable vecteur de sociabilité et d’épanouissement personnel.

 

 

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Ainhoa Jean Calmettes

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