Cinema

Critiques et nouvelles fraîches de la Toute jeune critique cannoise !

13 mai 2010 | PAR Coline Crance

La 49e édition de la semaine internationale de la critique, festival en parallèle de la compétition officielle,  s’est ouverte aujourd’hui. Ayant pour but de promouvoir les premiers films de jeunes réalisateurs , elle organise aussi en parallèle , une iniatiation à la critique cinématographique par la biais de sa Toute jeune critique en collaboration avec l’office franco-allemand de la jeunesse.  A la suite d’un concours de critiques, quatre groupes de lycéens sont sélectionnés à travers la France pour se glisser dans la peau le temps du festival d’un critique de cinéma. Ils sont chargés à la fin du festival de décerner le prix de la Toute jeune critique au meilleur long et court métrage et l’un des quatres groupes se verra remettre le prix de la meilleur critique qui lui permettra d’être invité à la Berlinale 2011. La boite à sortie vous propose de se suivre jour après jour les périgrinations et les critiques cinématographiques de ces jeunes festivaliers. Cette année ils viennent de Haute Normandie , des Landes, de Picardie et de Provences Alpes Côte d’Azur.

Leurs premières critiques ont été écrites aujourd’hui sur le premier film en compétition de la semaine internationale de la critique Sandcastel du réalisateur de Singapour Junfeng Boo :

 

Critique de PIRON Justine, SOENSER Louisa, Lycée Carnot, CANNES, SANDCASTLE  :

«Un château ensablé . . . dans la mémoire»

Sandcastle est le premier film d’un réalisateur prometteur, Boo Junfeng. Il illustre au travers de En, adolescent de 18 ans vivant à Singapour, un passé enseveli, véritable mur de silence entre la nouvelle et l’ancienne génération. Le personnage du grand père le poussera à vouloir éclaircir les activités révolutionnaires passées de son père, aujourd’hui décédé : en quelque sorte une chasse au trésor.

Ce film est partagé entre les promesses d’un futur et la nostalgie d’un passé. On y trouve donc un parallélisme intéressant servi par un manque de communication aussi bien dans la famille que dans la société. En effet, au travers de cette oeuvre on se rend compte de la difficulté à accéder aux informations, de la «prise en otage» des esprits de Singapour dans le passé. Ils sont constamment hantés par une histoire ancienne rappelée par le cadrage symbolique du regard dans les rétroviseurs tel un regard en arrière. Ce sentiment de censure est renforcé par celui de la claustrophobie. Dans le film, la ville apparaît telle une île, où il manquerait de la place, au travers des plans récurrents de la mer.

De nombreux symboles sont ici les fils conducteurs de l’intrigue ceci est notamment le cas de la libellule, du puzzle auquel il manque constamment des pièces et bien évidemment au château de sable, emblème de la fragilité et du passage à l’âge adulte. L’ordinateur, enfant de la technologie, est ici au service de la vérité et aide à remonter le temps. Il permet au personnage d’aller au-delà de la célèbre citation asiatique : «dans chaque famille, il y a un chapitre difficile à lire».

Ces thèmes et ces thèses qui peuvent paraître pesants sont magnifiquement servis par un casting d’acteurs professionnels et amateurs qui donne un nouveau souffle à une nostalgie bien connue. S’ensuivent alors des larmes, conséquences d’une sincérité et d’un lyrisme marqué.

 

Critique d’ Antoine CALMEL Lycée JEAN CASSAIGNE St Pierre du Mont :

«  Les Tourmentes de la mémoire »

Une mer calme, qui s’étend à perte de vue. Dans le sable, un château est peu à peu détruit par les vagues. Illusions perdues de l’enfance, symbole de vulnérabilité et de souvenirs oubliés, la métaphore sert de fil conducteur au récit et nous mène sur les pas de Xiang En, 18 ans, à la recherche de son passé.

Premier film du jeune réalisateur singapourien BOO Junfeng, SANDCASTLE surprend par son étonnante maîtrise : il emporte le spectateur dès les premières images à la suite de son héros tourmenté. La beauté des paysages, la finesse de l’interprétation et la simplicité apparente du récit permettent à Junfeng de narrer une histoire aux valeurs universelles tout en explorant des facettes méconnues de son pays, notamment par le biais d’une période de tensions politiques qui aujourd’hui encore reste rarement évoquée. Brassant de nombreux thèmes tels que le passage à l’âge adulte, la quête d’identité à travers un passé dont nul ne veut se souvenir, le choc des générations ou encore les conflits entre cultures, SANDCASTLE puise sa force dans l’émotion qu’il fait naître. Junfeng ouvre de nombreuses portes, suggère tout autant de pistes mais ne perd jamais le spectateur, parvenant ainsi à captiver jusqu’au dernier instant.

Jeu d’équilibriste périlleux dont il sort vainqueur haut la main, SANDCASTLE est également le reflet de la propre histoire du réalisateur. On le ressent dans la tendresse apportée aux personnages, figures abîmées par les tourmentes de la vie, qui tentent d’enterrer leur mémoire pour mieux survivre. Cependant, il est impossible de bâtir une existence sur des mensonges : Xiang le sait et fera tout pour découvrir la vérité sur sa famille, et par la même occasion sur lui-même. En suivant les traces de son père, il parvient à se construire, se reconstruire.

Œuvre multiple et foisonnante, SANDCASTLE est donc un film qui séduit. Grâce à une mise en scène fluide et sobre, Junfeng conte avec originalité l’éternelle recherche du passé, qu’il soit personnel ou rattaché à l’Histoire d’un pays. Il parvient à imposer un style, un univers, où le réalisme ne prend jamais le pas sur la poésie. Reste au final l’impression d’avoir plongé dans un ailleurs, une mer calme et pourtant si agitée… Horizon infini où navigue l’espoir d’un renouveau pour les personnages du film et, peut-être, sûrement, la naissance d’un grand metteur en scène dans la réalité.

Critique de Georges HAUCHARD-HEUTTE Lycée Pierre Corneille Rouen :

Passé recomposé

Les vagues passent et repassent, effaçant inlassablement les traces du passé… Certains tentent de sauvegarder leur Histoire, de l’arracher aux mains de l’oubli, tandis que d’autres veulent l’enterrer. Les souvenirs sont fragiles, et ceux qui les détiennent, encore plus.  »Sandcastle », c’est l’histoire de la fragilité des souvenirs, tenue par la force que prend cette histoire commune à quasiment tous, la famille. Un adolescent tente de devenir un homme en connaissant son histoire, alors que le passé se perd avec le temps, les photographies sont détruites et les ordinateurs ne sont pas éternels. L’histoire de la famille est un grand puzzle, que chacun essaye de reconstruire à sa manière.

La narration de ce film a deux vitesses : rapide pour la jeunesse et lente pour la vieillesse. C’est cette opposition entre les générations qui donne une dynamique prenante, et enveloppe le spectateur dans l’univers fermé et morcelé de la famille. Les souvenirs dépendent de ceux qui les détiennent, mais rien n’est éternel, et lorsque les photographies sont détruites, les ancêtres meurent, les ordinateurs tombent en panne, et les derniers témoins oublient, qui reste pour connaître l’histoire ? Nous sommes emmenés avec cet adolescent luttant contre l’oubli, dans cette enquête menée au rythme de plans calmes et sans complexités, au rythme d’un jeu d’acteur très fort se balançant entre la lenteur des vieux et la vitalité de la jeunesse, au rythme des vagues d’une mer vaste et impassible. C’est cette opposition entre le calme de l’oubli et de la volonté de se souvenir qui crée ces vagues. La mer symbolise aussi l’idéal d’un monde désuet pour les anciens, et un lieu de mémoire pour les jeunes, alors que celui ci est entaché par les bateaux.

Cette histoire quasiment universelle est très poignante, et on comprend que l’idée d’oublier peut hanter certains, car cette première œuvre très réussie mérite de rester dans les mémoires…

Critique de Marie CHARLIER, Lycée Henri Martin, Saint-Quentin, SANDCASTLE :

Le château dans l’eau.

Chaque château de sable se bâtit sur la terre d’une île, sur la terre d’un pays, sur la terre d’une famille. Loin des seaux et râteaux, En commence sa propre vie. Le temps s’écoule, le passé s’égraine. Il plonge. Pour grandir, il fouille dans les fondations. Elles retiennent une belle façade : une famille aimante, la fierté d’une mère dévouée, l’attention pour une grand-mère malade. Derrière le soleil éblouissant se cache une ombre, qui au fil du temps s’agrandit. Les grains colorés se dévoilent, Boo Junfeng réalise une histoire intimiste, avec des questions universelles, sinon existentielles. Le récit de racines, de coutumes, de tabous, parmi différentes générations, installées à Singapour, où l’histoire et la politique s’entremêlent. La poursuite de ce but se confirme avec un jeu admirable et sincère de l’acteur amateur Joshua Tan, ainsi qu’un leitmotiv parsemé au cours de l’œuvre. Ces différentes facettes ne font qu’un : lui. Un être pour le moment sombre, qui se cache derrière ce qu’il croit connaître, mais qui affronte enfin les fortes lumières bien éloignées des fines lueurs de son enfance. La recherche débute, d’abord en se confrontant à la réalité de ce qui l’entoure. Un pays au peuple composé de nombreux récalcitrants, comme les jeunes étudiants des années passées qu’étaient ses parents. Depuis, son père reste absent, qu’est-il survenu ? La jeunesse respecte alors des coutumes mais aussi cherche son affirmation. Les devoirs civiques à respecter, comme l’armée que les pères ont combattue. Mais dans quel sable mettons-nous les pieds ? N’est-ce pas le schéma de ma famille que je reproduis ? Ont-ils toujours fait les bons choix ? Comment exister alors que tous sont là, et que peu a changé ? Simplement, ne faut-il pas reculer pour avancer ? Plusieurs questions, plusieurs réponses, mais peut-être que l’existence et l’unicité n’existent pas, non sans sens pour la vie, mais justement exister pour la quête d’un idéal, exister pour soi, pour les autres, pour l’histoire, pour l’homme. Exister alors pour la terre d’une île, pour la terre d’un pays, pour la terre d’une famille.

Chaque château de sable dégage son propre horizon.

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Coline Crance

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