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[Critique] Allez voir « Zombillénium », brillant voyage animé en terres intelligentes

[Critique] Allez voir « Zombillénium », brillant voyage animé en terres intelligentes

24 octobre 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Pendant les vacances de fin octobre, on vous recommande fortement de vous aventurer dans le « parc d’attractions d’enfer » décrit par ce film d’animation français au graphisme très original, et aux thématiques très, très riches.

[rating=4]

La qualité et l’originalité du style graphique de Zombillénium étonnent les yeux d’emblée, dès la vision des bandes-annonces du film, même : les minces silhouettes très colorées qu’il donne à voir, plongées dans une histoire délirante, semblent à la fois cartoonesques, et très humaines. Mais cette production dirigée, avec beaucoup de fluidité et de malice, par Alexis Ducord et Arthur de Pins – et pensée un peu comme un prolongement des BD signées par ce dernier – surprend aussi par bien d’autres aspects. C’est que le petit univers qu’elle décrit arbore un aspect gris, imprégné d’un réalisme très parlant. Lorsque, dès l’ouverture, le fringant héros, Hector Sax, dépose sa fille à sa pension avant d’aller consommer son petit verre de vin matinal, les rues grises de la minuscule ville où il roule semblent très réelles, habitées par un contexte et des problèmes réalistes. Lorsque notre personnage arrive en vue du parc d’attractions Zombillénium, qu’il souhaite soumettre à un contrôle technique sévère, on aperçoit, à l’écran, une grande base de loisirs en bordure de la petite ville, entourée de vastes champs. Vision qui pourra apparaître très familière à certains… Et lorsque notre homme, enfin, pénètre dans le parc, tout désert, tout inquiétant, ce n’est pas une menace traditionnelle de film d’animation que l’on sent. Mais plutôt une grisaille liée au travail, à sa difficulté, à l’ennui qu’il peut susciter… Imaginaire bondissant, et thèmes profonds et parfois graves : le cocktail servi par ce long-métrage, qui fut présenté Hors Compétition à Cannes 2017, comme à Annecy 2017, est assez savoureux, et convainc totalement.

Hector Sax, trop curieux, trop sûr de lui, va découvrir que l’entreprise Zombillénium emploie en réalité de vrais monstres et créatures fantastiques, dirigés par un patron vampire, lui-même soumis au diable. Dans une époque où les jeunes adorent les choses effrayantes, quelle meilleure idée que celle de rassembler toutes les créatures de l’ombre errantes dans un parc, pour leur offrir un travail ? Et au passage, encaisser de sacré bénéfices ? Sauf que, justement, Zombillénium n’en offre plus assez à son grand chef, des bénéfices… Et Hector Sax, devenu lui-même un monstre, et contraint de ne plus quitter l’entreprise, va se mettre en tête de lui redonner la pêche… Au long de scènes assez délirantes et cocasses, les personnages qui peuplent le film révèlent des caractères originaux : le dynamique squelette Sirius (excellemment doublé par Mat Bastard, chanteur de Skip The Use) s’affirme comme le leader syndical, au sein de la grande société, la jeune sorcière mélancolique Gretchen (Kelly Marot, remarquable également) est en réalité une stagiaire malheureuse à cause de ses tâches… Et au sein de ce petit monde, la grève, la vraie, couve. Au long de son récit très habile, Zombillénium tient son pari : conjuguer rythme rapide – émaillé par un ou deux morceaux rock (également signés par Mat Bastard) – et thèmes forts. Graves, parfois : les figures de la mort, et de l’ombre, peuvent amuser, mais aussi dissimuler de la tristesse, au fond… Les passages un peu dramatiques du film n’en sont que plus forts, plus flamboyants. Son humanité transparaît. Et au milieu de ce mélange, l’aspect divertissant trouve parfaitement sa place. On dira au passage merci au distributeur Gebeka Films, pour ce qu’il tente, film après film…

Très intelligent, très vif et fluide, soutenu par les talents conjugués de son équipe d’animateurs, sans aucun doute, Zombillénium est chargé aussi de scènes de poursuite, d’action, ou de cascades. Pleines d’humanité, encore une fois… Il comporte aussi un méchant, à la fois beau et détestable. L’occasion d’un message nuancé sur le culte absolu du charme, de nos jours, qui mène parfois à la malveillance, mais a tout de même son intérêt… Très actuel, très original, très intelligent, ce long-métrage laisse ravi, au bout de son heure seize qui sait traverser tant de thèmes…

Visuels : © Gebeka Films

Agenda Classique de la semaine du 23 octobre
Gagnez 2×2 places pour le concert d’Eric Legnini le 15 novembre / Blue Note Festival
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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